J’habitais une petite maison sans grâce, j’aimais le boudin

D’après Spoutnik de Jean-Marie Piemme. Adaptation et réalisation de Philippe Jeusette et Virginie Thirion

26 → 28.11.2014

Manège

Adultes

Dates et heures

C’est l’histoire d’une appartenance, qui colle à la peau comme la graisse noire sur le col d’un bleu de travail, peu importe les exploits d’ascension sociale qu’on accomplit. – Le Soir

A la manière de la madeleine de Proust, J’habitais une petite maison sans grâce, j’aimais le boudin nous plonge dans les souvenirs d’enfance rudes, drôles et chaleureux d’un petit garçon qui a grandi sous le ciel brumeux des usines sidérurgiques du bassin Liégeois.

En traversant avec lui les grandes étapes de sa vie, Philippe Jeusette, qui incarne Jean-Marie Piemme lui-même, partage avec sensibilité et humour une réalité sociale et économique, scandée par la dimension humaine et ses désillusions. Le quartier de son enfance, l’ambiance bienveillante de la cuisine familiale, sa mère aux fourneaux, les oncles et les tantes,  les Saint-Nicolas et la figure du Père rentrant de l’usine tissent la toile de cette succession de souvenirs heureux et moins heureux. Le jeu est juste et généreux. Presque seul en scène, il est rejoint ponctuellement par Virginie Thirion, mais également par Eric Ronsse qui accompagne la mise en scène par des mélodies délicates et du rock’n’roll réjouissant. Tirée du récit autobiographique de Jean-Marie Piemme « Spoutnik », cette pièce est une plongée dans le monde ouvrier, l’héritage sentimental et la dignité des familles ouvrières. Mais c’est aussi une pièce sur la fin du « monde des usines » sans plainte et sans compassion, au cœur d’une actualité des plus concernées. Proximité et sincérité seront de la partie.

J’ai des racines. Elles enjambent la Meuse, s’accrochent à ses flancs. Et là où un pont joint les deux rives, des fumées noires flottent sur les cheminées des aciéries comme autant de drapeaux crasseux. Je suis de ce pays-là. Je suis du pays de l’usine. – Jean-Marie PIEMME

Le tout se déguste comme un bon boudin noir, modeste et rustique  en apparence mais intense au palais. – Le Soir

Extrait:

Je suis né dans la cave, sous les bombardements. Il était trois heures et demie, c’était la sortie des classes, je voyais défiler les jambes des écoliers devant le soupirail. « Poussez ! » Quelqu’un a dit « poussez! » et ma mère a poussé. Moi, je n’en demandais pas tant mais sous l’effet du mouvement, j’ai été forcé de sortir la tête. Quel jour sommes-nous, ai-je dit ? Avant tout, je voulais me donner une contenance devant tous ces gens qui m’attendaient. Le 16 novembre, imbécile. Ça m’a vexé. Oui, ça m’a vexé que mon père me parle sur ce ton. Après tout, on se connaissait à peine. Trente secondes, au plus ! Illico, j’ai alors décidé de marquer le coup. Il fallait qu’il comprenne tout de suite que je serais un enfant difficile. Mon Papa, malgré l’émotion qui nous étreint tous, ai-je dit en crachotant une saloperie qui me collait aux gencives, je n’oublie pas ce que tu m’as balancé quand Maman t’a dit qu’elle était enceinte. Il avait grogné ! Il avait pesté! Il avait hurlé : je n’en veux pas, on a déjà le chien !

Différents extraits du spectacle:


Crédit Photo : A.Piemme
Durée du spectacle: 1h10

Distribution

Commentaires