Notre spectatrice critique a découvert la représentation de « Para » ce mercredi 23 octobre.

Voici ce qu’elle en a pensé!

Grosse claque que ce « Para » de David Van Reybrouck. L’anthropozoologue de formation et spécialiste de l’Afrique donne à voir ici l’animal humain dans toute sa complexité.

Seul en scène, Bruno Vanden Broecke est le sergent Nico Staelens, un des paras belges de la mission de paix envoyée par l’ONU en Somalie en 1992-1993. A travers le dispositif de la conférence que donne Staelens pour livrer son témoignage, on est happé et embarqué d’entrée de jeu. L’exposé rationnel, technique, et la façade d’assurance vont petit à petit s’étioler puis s’effondrer pour faire place à un récit de la désintégration progressive de l’humanité, une chronique de la violence militaire ordinaire. La grande force de « Para » est dans ce glissement vers la contradiction, le paradoxe intelligemment et cruellement posé de l’imposition de la paix par les mitraillettes. Hors de contrôle, la conférence n’est plus qu’un lointain souvenir quand, à travers la narration du sergent Staelens, les meilleures intentions sont balayées par le surgissement de l’horreur jusqu’à l’insoutenable. Cette barbarie profonde, d’abord en creux, va inexorablement revenir à la surface, avec son lot de questionnements éthiques inévitables.

On comprend beaucoup avec « Para » : la violence omniprésente dans l’armée, la part d’héritage du colonialisme dans la présence militaire, la complexité infinie et probablement sans issue de pareilles situations. On se prend en pleine figure l’absurdité tragique de la guerre, l’humiliation et la manipulation mentale des soldats instituées en système, avec une intensité comparable à celle de Full Metal Jacket ou L’Echelle de Jacob. Parce que bon, que ce soit au Vietnam, au Rwanda, en Corée, en Irak ou en Bosnie, au fond, c’est à la guerre comme à la guerre. « D’abord on te brise, on te lave le cerveau. Ensuite on peut y faire entrer ce qu’on veut. »

« Para », c’est aussi un comédien prodigieux. Car du talent, il en faut pour porter l’ambitieux monologue (fruit d’un long travail de documentation) à la fois shakespearien, simpsonien, actuel et intemporel. Livrant une prestation hallucinée, Bruno Vanden Broecke est plus vrai que nature (ma voisine qui connaît personnellement un para au parcours identique n’en revenait pas, croyant l’avoir devant elle). Il déroule sous nos yeux et rend palpables les ramifications d’un conflit qui nous paraît, à tort, lointain.

Enfin, « Para » c’est aussi de l’humour omniprésent (et là, on repense plutôt à MASH) : la salle rit tout le temps, oui, mais de plus en plus jaune,  l’humour du sergent devenant de plus en plus noir. C’est le piège que nous tend « Para » pour nous mettre dans sa poche (« Nom de dieu, je suis le plus instruit de la bande. C’est une première ! »), nous prendre à témoin, puis nous retourner comme un gant.

Un spectacle brillant, à voir pour son intelligence, son interprète d’exception, sa mise en scène percutante.

Marie De Ridder

Photo : Thomas Dhanen

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