Voici l’avis de Charline Wartel; notre spectatrice critique a vu Five Easy Pieces ce vendredi 19 janvier 2018.

Vous aussi, dites-nous ce que vous en avez pensé dans l’espace commentaire présent en bas de page.

« Ah oui « Five easy pieces » c’est la pièce qui raconte l’affaire Dutroux et qui est jouée par des enfants ! »

J’avais une dizaine d’années lorsque l’affaire Dutroux a éclaté. D’un été insouciant sur mon vélo, je me suis retrouvée enfermée chez moi, ma mère me lançant des regards anxieux … Malaise… Les années ont passé et je suis moi-même maman … Je m’imagine aisément jeter à ma fille les mêmes regards anxieux si une histoire semblable devait arriver à nouveau ! Alors toute cette semaine, je me suis interrogée : Comment peut-on faire jouer des enfants dans une pièce aussi sombre ? Pire encore, quel est le tordu qui a eu l’idée de mettre en scène cette partie de notre histoire ? Et je ne suis pas la seule ! Je lis, sur les réseaux sociaux, des commentaires outrés, de gens qui, émotionnellement, ne sont pas prêts à revivre ces sombres heures ne serait-ce que « pour du faux », des gens qui, tellement empathiques, se mettent à la place des familles des victimes de Dutroux.

C’est donc avec beaucoup d’appréhension, vous l’aurez compris, que je suis allée voir Five easy pieces ce vendredi soir.

Et Milo Rau signe ici une pièce incroyablement émouvante, bouleversante, poignante même ! Pas seulement à cause de la nature du sujet traité mais parce qu’elle est mise en scène avec beaucoup de bienveillance et de respect et sans aucun voyeurisme malsain. Five easy pieces nous apporte un regard différent de l’affaire Dutroux. Des réflexions auxquelles les enfants sont amenés à la place du père de Dutroux, victime malgré lui en passant par le point de vue de la Flandre sur une enquête menée principalement en Wallonie, Five easy pieces c’est 90 minutes d’yeux humides et de rires, de rires francs, parce que 7 enfants nous racontent, quand ils ne jouent pas, des histoires abracadabrantes, sous l’œil amusé et encourageant de Peter Seynaeve, et ce sont finalement ces bulles de rires et d’innocence qui empêchent Milo Rau de tomber dans le pathos et l’anxiogène.

Je peux comprendre la réticence de certains d’entre vous à aller voir ou même comprendre que cette pièce puisse exister. Nous nous sommes tous projetés durant l’affaire Dutroux. Tous les enfants en âge de comprendre se sont dit « ça aurait pu être moi » et tous les parents ont vécu l’angoisse au ventre lorsque nous rentrions avec quelques minutes de retard. Mais, porter des évènements tragiques à la scène ou à l’écran est une forme d’exorcisme, cela s’est fait après les guerres, après les attentats contre le World Trade Center et cela se fera probablement après les attentats de Paris ou de Bruxelles.

Five easy pieces est, à mon sens, une pièce d’utilité publique, une sorte de devoir de mémoire, pour que ces sombres heures de notre pays ne se reproduisent plus jamais.

Charline Wartel

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