Nous y voilà, enfin !

Le théâtre fait son grand retour et qu’il est bon de s’y laisser emporter. En cette période de déconfinement progressif, le monde culturel doit se réinventer et redoubler de créativité afin de pouvoir accueillir le nombre maximal de spectateurs autorisé tout en répondant aux impératifs sanitaires. De là éclosent des modes de représentations originaux et ingénieux dont CREPUSCULE est un parfait exemple.

Avec cette création collective, Nicolas Buysse (comédien), Greg Houben (trompettiste), Fabian Fiorini (pianiste) et Max Merx (Stereoclip) ont honoré le contrat. Le spectacle parle du deuil vécu par la fratrie Richard, suite à la disparition de leur cinquième frère, Thierry. Dès son arrivée, le spectateur est invité à prendre part à la cérémonie funéraire organisée en l’honneur de Thierry.

Pour raconter cette histoire, le collectif a choisi de s’exprimer en plein air. A cette fin, ils ont investi la cour de l’école Notre Dame, située à l’arrière du Théâtre de Namur, et y ont installé des dizaines de transats confortables, de sorte que la distanciation sociale soit assurée entre les différentes bulles de contact. Outre cela, CREPUSCULE offre une expérience sonore atypique étant donné que ce spectacle musical est à écouter au travers de casques audio. La bande son est étonnante également car composée d’un harmonieux assemblage de jazz et de musique électronique. Par moments, le spectacle est ponctué d’instants de contemplation et de recueillement durant lesquels, si l’on tend l’oreille, on peut se laisser bercer par le chant des tourterelles.

Autre ingéniosité, le public fait partie intégrante du spectacle. Dès son entrée dans la cour, c’est l’ébullition. Avant même que la représentation débute, les artistes commentent l’arrivée de chacun tandis que les spectateurs s’installent en musique. Chacun est accueilli comme s’il s’agissait d’un proche du défunt ou de la famille : « Tiens, encore une ex de Thierry… », « Ah, regarde qui est venu, un vieil ami de Papa ! ». Même les retardataires sont mis en avant : « Respecter Thierry, c’est d’abord respecter les horaires ! ». D’entrée de jeu, le ton est donné et le public est en communion avec le collectif. Les spectateurs servent à alimenter le discours et s’intègrent naturellement dans la dynamique de cette création. Un peu plus tard, les artistes les encourageront à chanter et à danser avec eux. Mais, n’ayez crainte, aucune obligation, chacun est libre de participer ou non : « Personne ne vous juge ! » dira Greg Houben, « on est tous ensemble en famille aujourd’hui ». 

Ce concept original brise les codes et séduit le public qui ne peut que se sentir à l’aise dans cette ambiance conviviale et drôle. Et hier, dans la cour comble, on entendait les uns et les autres s’esclaffer par-delà les casques.

« Thierry, pourquoi t’es parti ? ». De façon poétique et bienveillante, les quatre frères lui rendent donc hommage sur un rythme enivrant. Alors que CREPUSCULE porte sur la perte d’un être cher, le collectif dédramatise notre rapport à la mort et le transforme en un moment empli de joie, de rire et de fête. Ils traitent de ce sujet délicat avec humour et sensibilité. Très actuel, le spectacle nous rappelle ô combien l’être humain est avant tout un être social et que, le plus important, c’est d’être ensemble. Et c’est ce que nous avons fait en profitant communément de ce « doux crépuscule ».

Grâce à ce dispositif élaboré, nous avons pu vivre une expérience collective en toute intimité. Agrémentez cela avec un petit apéro apporté par vos soins et la recette est complète : ambiance garantie ! Et voici une formule triple bulle qui ravira tous les publics.

Candice Falesse

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