Pour ouvrir le débat, pour sortir de l’avis avisé de la critique professionnelle, nous avons demandé à quelques-uns de nos spectateurs de nous livrer, par l’écrit, leurs impressions nuancées sur nos différents spectacles.
C’est forcément subjectif et nous ne partageons pas nécessairement l’avis exprimé.
Une dizaine de spectateurs se relaiera au fur et à mesure des prochains spectacles.
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Quand le diable s’en mêle : La thérapie du couple

Il existe deux types de rieurs. Le rieur confiant et le rieur méfiant. Quand il assiste à un spectacle qu’il sait comique par avance, le confiant est déjà tout acquis à la cause et n’attend que le top départ pour se payer la tranche de rire qu’il est venue chercher. À l’inverse, lorsque toutes les conditions du rire sont réunies, qu’on l’installe a priori dans une relation où ce qu’on lui montre doit nécessairement amener à l’éclat rire, le méfiant aura tendance à manifester son côté rebelle pour faire affront à l’ambition d’autrui. Parce qu’il n’aime pas qu’on lui dicte comment il doit réagir face à une situation précise, il décide qu’il lui en faudra beaucoup pour lui soutirer un rictus. Je fais partie de la deuxième catégorie et c’est sans doute à cause de types comme moi que l’ambiance pédale un peu dans la semoule au début. Mais la loi de Feydeau prend le dessus et on a beau serrer les dents, la mâchoire finit petit à petit par se détendre et les sourires par s’esquisser. Puis on rend carrément les armes et on se laisse happer par la drôlerie dépeinte sous nos yeux. Confiants, méfiants, tous en chœurs ! Tout de même, avec une vigueur plus modérée pour les rebelles.

On rit des personnages mais on rit surtout de nous-mêmes. Comme ces miroirs qui déforment les visages et les corps et nous redonnent à voir nos imperfections de manière amplifiée, les acteurs reflètent avec caricature et extravagance les recoins honteux et pénibles de nos vies de couple. Et jouent sous nos yeux hilares ce qui ressemble dangereusement à un enfer conjugal en trois épisodes.

Autour d’un décor sobre mais exploité avec agilité, un futur père se fait harceler par sa belle famille et explose sous le poids des injonctions paradoxales de son épouse capricieuse. Une femme se fait réveiller en pleine nuit par son mari déguisé en Louis XIV. Un enfant constipé met en péril la prospérité financière de son paternel. Jamais bien loin, le Diable rôde. Est-il descendu semer le trouble sur terre ou ne fait-il que fouler les pavés de l’enfer dans lequel ces couples sont venus s’installer ? Il tient en tout cas le fil rouge de la pièce et l’éblouit d’une gestuelle d’exception.

Didier Bezace nous enfonce de toutes ses forces dans ces impasses qui oppressent les couples de tous les âges et dont même des revirements de situation inattendus ne parviennent pas à les libérer.

Le spectacle touche au quotidien et au banal avec une force maîtrisée, mais pas toujours. Si on accepte volontiers l’exagération générale, ça crie parfois bien fort. Et puis le troisième acte est d’une redondance lascive. Le manque de contenu le rend pénible. On sombre complètement, on s’embourbe dans l’enfer des protagonistes alors que jusque-là, la force de la pièce se situait précisément dans cette faculté de nous le dépeindre sans nous le donner à manger, de nous y faire toucher sans en ressortir acculé, au contraire, d’en rire. Une sorte d’évasion par la plongée qui échoue lors de l’ultime partie.

L’adaptation est précise dans son ensemble mais pêche parfois au dosage. Une thérapie par le rire
dynamique et efficace…jusqu’à la dernière consultation.

Olivier El Khoury

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