Voici l’avis de notre spectateur, Pierre-Michel Leloup, qui a découvert « Hamlet » ce mardi 3 mars. N’hésitez pas à commenter sa critique, il est prêt à en discuter avec vous autour d’un verre. 

Chacun connaît la question existentielle, qui se pose à Hamlet, jeune prince danois idéaliste, rappelé d’urgence à la cour suite au décès brutal de son père, et qui constate que les valeurs paternelles, les repères moraux et les idéaux y ont disparu. Cette question la voici :

« Que fais-je dans un monde que j’abhorre, confronté à un monde dans lequel je ne trouve pas/plus ma place ? Dois-je agir ou subir ? ».

Plusieurs options s’offrent à Hamlet : se soumettre, disparaître, adhérer à ce monde, composer avec lui. Il peut aussi s’opposer à ce monde : devenir militant, tenter de le détruire ou s’isoler. Voilà un questionnement qui peut être celui de nombreux jeunes, en désarroi, aujourd’hui mais aussi celui de chacun d’entre nous à un moment de notre existence.

Pour explorer l’univers d’Hamlet, Emmanuel Dekoninck a décidé de réaliser un spectacle  multidisciplinaire, qui mêle la chorégraphie, la musique, la chanson et le dessin. Un spectacle dynamique dans lequel nous serions dans l’esprit tourmenté d’Hamlet. Il ne s’agit pas, à ses yeux, de réinterpréter « Hamlet » mais d’explorer cette tragédie afin de lui rendre tout son sens pour des spectateurs contemporains. Pour ce faire, Dekoninck a repris la narration et le sens global de l’œuvre sans essayer de transposer la poésie shakespearienne dans les mots. Celle-ci passe, dans sa pièce, par la danse et la musique, qui transmettent les émotions, les pulsions et les ressentis.

Le décor de cette pièce est très particulier : il est mobile, ce qui permet aux personnages d’apparaître et de disparaître. Les murs se tournent et se retournent pour nous emmener dans des lieux différents. Les acteurs y écrivent des mots, des lettres, des poèmes ; ce qui permet de raconter diverses choses en parallèle. Soulignons également la présence d’une tour majestueuse, une sorte de tombeau ultime.

Pour mener à bien son ambitieux projet, Emmanuel Dekoninck a pu s’appuyer sur une équipe formidable. Je soulignerai d’emblée le fantastique travail de la chorégraphe, Bérengère Bodin et du batteur professionnel, Fred Malempré. Le ton est donné dès la première scène : le spectacle sera rock, pulsionnel et organique, tantôt sensuel, tantôt violent. Au cours de la pièce le spectateur transitera sans cesse entre les vers de Shakespeare, les mots et expressions d’aujourd’hui et une ambiance rock déjantée, très contemporaine. C’est vif, détonant, inventif et sans temps mort. L’humour affleure par moments. La  musique confère une énergie certaine à la pièce et rythme la progression de la narration. Une grande ombre plane sur ce spectacle : celle de David Bowie. Je citerai ici la très belle version de « Rock and roll Suicide » ainsi que la superbe chanson, issue de la tragédie, interprétée par Taïla Onraedt (qui joue Ophélie), quand elle dessine sur les vitres du décor. Je mentionnerai enfin une magnifique chanson de Barbara.

Le jeu des comédiens constitue le meilleur atout de cette adaptation. On soulignera certes la performance de Thomas Mustin, qui offre une interprétation fougueuse et intense du jeune Hamlet mais tous les acteurs sont excellents et apportent splendidement leur quote-part à la construction du récit. Bon nombre d’entre eux sont aussi de merveilleux musiciens et de très bons danseurs.

Certains puristes et/ou esprits chagrins relèveront peut-être une scène un peu trop jouée sur le mode de la pantomime ou feront remarquer que la dimension guerrière de l’oeuvre est fort peu évoquée ici. Je les laisserai pérorer assez vainement.

Pour ma part, j’ai adoré cette pièce. Je la reverrai très bientôt. J’espère vous croiser au théâtre pour confronter nos points de vue à son propos. Très bon spectacle à toutes et à tous !!

Pierre-Michel Leloup

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