Pour ouvrir le débat, pour sortir de l’avis avisé de la critique professionnelle, nous avons demandé à quelques-uns de nos spectateurs de nous livrer, par l’écrit, leurs impressions nuancées sur nos différents spectacles.
C’est forcément subjectif et nous ne partageons pas nécessairement l’avis exprimé.
D’autres plumes, d’autres regards se relaieront sur nos prochains spectacles.
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En attendant le jour : la valeur de la mort

A peine installé qu’on nous attrape la gorge avec une poigne de fer. Marco apparaît à l’écran, sur son lit d’hôpital. Avec une lucidité étonnante, il raconte sa douleur, sa dépendance à autrui qu’il ne supporte plus. Voilà quatre années qu’il demande l’euthanasie parce qu’il veut cesser de souffrir. Voilà quatre années qu’il souhaite qu’on le tue.

La main qui nous agrippe, c’est celle de la mort. Elle nous coupe le souffle. À travers trois témoignages poignants, elle redistribue les cartes d’un droit qu’on comprend rarement quand on le vit de l’extérieur. Le droit de mourir.

Des rideaux se meuvent sur scène comme tant de linceuls, comme tant de tabous, fugaces et indécis. Profanés. Aussi esthétiques que symboliques, ils dictent le rythme de la pièce, étouffent ou contrastent les mots qui sont souvent des éclats. Parce que c’est par les cris et la musique qu’on s’évade de la prison d’un corps défunt, quand on ne peut plus sentir la chaleur du sang qui s’y écoule ou la mesure du cœur qui y bat et qu’on n’est même plus capable de se quitter soi-même, barré par l’amour et la peur de ses proches.

Le sujet est lourd mais est traité avec délicatesse. François Sauveur nous rappelle la chance de la vie qui rend parfois noble la mort par son mystère et son courage. Loin du message moraliste ou de la prise de position politique, il nous plonge dans la nuit pour mieux la confronter avec le jour et nous signifier que la frontière entre les deux est parfois mince. Quand le désir de mourir dépasse la beauté de l’humanité, l’ardeur de l’amour des proches. Quand on voit la paix avec laquelle Marco lui tend les bras dans l’espoir de la caresser, c’est à ce moment qu’on comprend et qu’on accepte la valeur de la mort.

À la croisée des chemins entre la fiction et le documentaire, « En attendant le jour » s’ancre dans le réel et s’y accroche avec une sobriété délicieuse et des personnages d’une humanité pure. La mise en scène est judicieuse et les lumières s’allient avec les décors drapés dans un mariage époustouflant. Une naissance de la mort qui célèbre la richesse de la vie. Un message.

Les jambes vacillent quand on se lève pour joindre des mains tremblantes. Puis la pression se dégage doucement alors qu’on enfile sa veste, qu’on rentre à sa voiture ou qu’on fume sa cigarette en silence. Les yeux sont encore humides mais la respiration finit par reprendre sa mélodie normale. Le corps brûle, l’esprit bat comme un cœur.

On repense au final.

Quelques notes de piano, le rideau. Et puis le jour.

Olivier El Khoury

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