Théâtre de Gérard Garouste

Inaugurée le 16 décembre 1999, c’est une toile sur châssis de 16.51 m sur 5.74 m peinte à l’acrylique. Imposante, dynamique, complexe et lumineuse, elle rayonne sur le foyer du Théâtre Royal. garouste fresque dŽf

Petite explication…
Théâtre, le titre de l’oeuvre, est une introduction à la représentation théâtrale.
Le Foyer, antichambre du spectacle, est ce lieu de « mise en condition » du spectacle. Dans cette salle, il a déjà un pied dans ce monde mythique où règnent l’illusion et la magie. C’est dans cette voie que l’artiste a développé son programme iconographique.

Dans un ciel fragmenté, sorte d’espace flou et indéfinissable, plusieurs scènes apparaissent, ce sont les genres du théâtre. Il y a la comédie, le drame, la danse, la musique.


La comédie est une scène burlesque où trône un personnage à trois têtes.
La première rit, l’autre pleure et la troisième est dubitative. Ce personnage met en forme la gaieté, la tristesse et la perplexité.
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La scène dramatique est une évocation du théâtre élisabéthain, un personnage médite face à un crâne, évocation évidente à une scène d’Hamlet et sa question ontologique: être ou ne pas être.
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Les scènes de danse et de musique illustrent les arts de la pantomime, du ballet ou encore du chant.
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Au centre de la toile, un médaillon évoque l’introduction au spectacle : le silence, faire silence. Cette allégorie est représentée par une femme portant le doigt à sa bouche pour faire taire le public. Dans son dos, cette femme double, telle Janus, déchausse son masque. C’est la fin du spectacle, le salut. Une même image symbolise le début et la fin de la représentation théâtrale. On remarque qu’un masque subsiste sous le masque, est-ce le symbole de l’illusion perpétuelle propre au théâtre ? Deux masques et un visage, trois têtes en somme, symbolisant le commencement, le spectacle et le salut.
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Les quatre angles de la toile expriment la motivation du théâtre : le sujet. Et quel est le sujet de prédilection des auteurs sinon la vie ? Ainsi, le peintre par le biais de scènes bibliques et mythologiques nous rappelle les grands thèmes de la vie de l’homme. Le destin est un sujet fondamental.
Il est mis en scène par le mythe grec des trois Parques. Clothos fabrique le fil de la vie, Lachésis le déroule tandis qu’Atropos le tranche.
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Dans l’angle opposé en suivant la diagonale, le mythe d’Œdipe et le Sphinx renforce l’idée que l’homme n’échappe pas à sa destinée.
Quel animal est à quatre pattes le matin, à deux pattes le midi et à trois pattes le soir ?
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Dans l’autre diagonale, Gérard Garouste développe une philosophie biblique, il aborde le thème de la transgression de la Loi. Autre sujet incontournable du théâtre où tous les péchés de l’homme sont démasqués, exhibés et moqués. La représentation dans un des angles d’Adam et Eve chassés du Paradis devient évidente.
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Dans la quatrième encoignure, l’artiste fait une synthèse entre philosophie religieuse et mythologique. Il associe le thème biblique de Moïse au mythe de Pégase. Dans la Bible, Moïse frappant le rocher, le fait parler. C’est une allusion à l’art d’interpréter les textes. Parallèlement, Pégase qui frappe le rocher de son sabot fait jaillir une source nommée Hippocrène dans laquelle les neuf muses se désaltèrent et puisent leur inspiration.
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Gérard Garouste donne au théâtre sa source : l’Inspiration, par ces deux histoires qui se rejoignent. Il fait se croiser deux pensées, l’une mythologique, l’autre biblique. Tout se tient sur une même perspective. Cependant, certains éléments de la toile viennent casser le rythme. En effet, à l’instar de Putti classiques, les machinistes, tout de bleu vêtus, jouent le rôle d’intercesseurs entre les spectateurs et le plafond. Eux seuls respectant une perspective en trompe-l’œil attirent l’œil du spectateur vers le haut. Sans que l’on s’en rende compte à première vue, ils participent visuellement à l’introduction de l’œuvre. Tout comme au théâtre où ils accompagnent dans l’ombre le bon déroulement des scènes. Si le parallèle est amusant, la symbolique des rapports est plus complexe. On peut envisager alors la verticalité de ces personnages par rapport au monde d’en haut et au monde d’en bas comme une manifestation de la transcendance…

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L’oeuvre a été réalisée dans les Ateliers de Gérard Garouste à Marcilly-sur-Eure en Normandie.
La mise en place de la toile a été réalisée in situ du 30 novembre au 15 décembre 1999 sous la direction de Frédéric de Baere.

En 2010, à l’occasion d’un week-end « portes ouvertes » au Théâtre Royal, Gérard Garouste nous avait gentiment reçu chez lui pour nous entretenir sur la genèse et l’explication de son oeuvre. Une rencontre rare et précieuse que nous avons le plaisir de vous proposer ici:

Gérard Garouste
Né le 10 mars 1946 à Paris, il vit et travaille à Marcilly-su-Eure en Normandie. Artiste d’exception, il s’intéresse à toutes les formes d’expression artistique : dessin, peinture, sculpture, gravure. Ses œuvres sont aujourd’hui exposées dans le monde entier. Il a réalisé de nombreuses commandes publiques. Gérard Garouste a créé en 1990, une association La Source, où il s’occupe de réinsertion de jeunes en difficulté par le biais de l’art. Ses thèmes sont puisés dans les textes fondateurs, tels La Bible, La Divine Comédie, ou plus récemment Don Quichotte. Sa quête d’un absolu de la peinture passe par un retour aux origines, aux archétypes, à la mythologie, aux légendes et autres contes philosophiques qui constituent la mémoire collective de l’homme.
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Photo foyer: Marianne Grimont
Photo de l’oeuvre et détails: Serge Rovenne

Date: 26 novembre 2014

Auteur: Olivier Stoffels

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