Julien fait du breakdance et des battles depuis qu’il a 16 ans. Il en a aujourd’hui 36 et son parcours l’a mené d’un master en kinésithérapie à des formations en danse et en chorégraphie et, de là, à ses premières expériences scéniques.
Sa rencontre avec Jean-Michel Frère de la Compagnie Victor B et sa participation au Tremplin Hip-Hop (une aide à la formation et un accompagnement à la création de spectacles sous toutes ses formes) le décident, à 24 ans, à tenter sa chance dans la danse. C’est ainsi que Le Théâtre de Namur, partenaire du Tremplin, rencontre son travail et présente ses premiers spectacles : MON/DE et Déjà Vu.

À Namur, le parcours de Julien passe aussi par des résidences artistiques aux Abattoirs de Bomel : une résidence de recherche avec des danseurs et des musiciens et deux résidences de création pour les spectacles Golem et Collapse (qui vient d’être créé à Charleroi Danse).

Son univers : « l’entre-deux »

La rencontre est ce qui intéresse et passionne Julien : tant la rencontre humaine que la rencontre de différentes disciplines artistiques. Si ses racines sont ancrées dans le hip-hop et s’il lui semble important de continuer le travail avec des danseurs issus de cette mouvance, le « puriste de breakdance » des débuts s’est vite ouvert à d’autres modes d’expression : danse contemporaine, vidéo, sculpture… Avec l’envie de les mélanger et de chercher les points d’accroche qui vont permettre par exemple à un danseur et un dessinateur ou un danseur et un sculpteur de communiquer. Cultiver cet « entre-deux » est ce qui l’anime. De là découle aussi sa recherche d’une gestuelle entre le hip-hop et le contemporain : à travers sa danse d’origine, il cherche son propre vocabulaire et combine la virtuosité du hip-hop à une quête de sensibilité et d’écoute de l’autre.

Avec un univers qui flirte aux frontières du quotidien et des rêves, Julien se plaît à partir du réel pour le questionner, le transformer dans une sorte de procédé onirique qui va toucher le spectateur et provoquer quelque chose chez lui.

Golem

À l’origine de Golem il y a bien sûr… une rencontre : celle de Julien et de Mike Sprogis (lors d’une formation à Paris). Mike est sculpteur, il a 72 ans, du charisme et une physicalité assez marquée de par sa pratique. Il n’a jamais fait de spectacle, il n’est pas danseur. Mais tous deux ont l’envie de prolonger la rencontre, de la porter sur scène et de la rejouer de manière symbolique, de la transfigurer.

Golem met ainsi en lumière la rencontre de deux personnalités, deux univers, deux parcours, deux corps, deux gestuelles. Si la spécialité de Mike est le granit, c’est l’argile qu’il travaille dans le spectacle : plus simple à mettre sur un plateau de théâtre, l’argile permet à Julien de s’inspirer de sa plasticité et demande à Mike de la travailler, la dompter d’une manière autre que celle dont il a l’habitude.

D’un côté, il y a donc l’argile ; de l’autre, la danse.

D’un côté, l’on sculpte la matière ; de l’autre on sculpte le corps et l’espace.

Mike se sert de ses mains puissantes pour créer des formes ; Julien utilise ses mains et sa force pour trouver des appuis au sol.

Chacun évolue dans sa partition, dans son propre solo, jusqu’au moment de la rencontre où les deux disciplines se croisent, les deux chemins se relient comme deux fils se torsadent. Les solos se réinventent en duo, en harmonie de gestes et de mouvements, en liens tissés par les deux artistes. Si la rencontre de la danse et de la sculpture glisse avec fluidité et naturel vers la symbiose, c’est parce que l’humain est au cœur de la rencontre.

À travers l’âge des deux artistes et le rythme de leurs gestes répétés, Golem s’ouvre aussi au temps qui passe. À travers le travail de la matière et la vie qui lui est insufflée, le spectacle aborde la création artistique et la notion d’avatar, de double (*). Enfin, Golem réunit Julien et Mike dans l’envie du jeu, la légèreté et l’amusement, vivifiant en eux l’idée de la jeunesse, le côté enfant que l’on garde en soi.

 

(*) Un GOLEM est, dans la mythologie juive, un être artificiel, fait d’argile. Le titre évoque la symbolique du double, de la créature façonnée à l’image de son créateur. C’est une projection que l’on crée pour se comprendre ou pour comprendre l’autre.

 

 

 

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