I Silenti

De Fabrizio Cassol et Tcha Limberger, mise en scène Lisaboa Houbrechts

21 → 27.01.2021

Grande Salle

Dates et heures

Ne plus « voir » pour mieux « entendre »

C’est d’abord un cri musical, celui des Gitans, des Roms, des Tziganes, peuples oubliés.
En écho à tous les « silencieux », ce spectacle dévoile une douce et profonde mélancolie.
Il touche en secret l’intimité des cœurs brisés.

 

En 2015, Fabrizio Cassol et son complice Alain Platel créaient le prodigieux  « Coup fatal » qui a fait vibrer le festival d’Avignon, le théâtre de Namur et le monde entier au son de la musique baroque et de la rumba congolaise. En 2018, les deux artistes se plongeaient dans la partition du Requiem de Mozart pour aborder en douceur le tabou de la mort et proposer « Requiem pour L ». Ces deux spectacles interprétés par des artistes africains ont laissé des souvenirs inoubliables.

Cette fois, Fabrizio Cassol rassemble neuf artistes venus du monde entier dans une « nouvelle » forme artistique, entre concert, opéra, danse et théâtre mise en scène par la jeune Lisaboa Houbrechts. Le travail de cette artiste de la nouvelle garde flamande est déjà salué par le public et la critique. Conçu autour du chanteur pluri-instrumentiste manouche Tcha Limberger, de la chanteuse américaine Claron McFadden, de la danseuse indienne Shantala Shivalingappa et de quelques musicien, l’ensemble se révèle d’une beauté musicale et scénique à couper le souffle ! L’exceptionnel Tcha Limberger est au violon et aux chants. Son don sublime, sa voix tout comme sa cécité, ne sont peut-être pas étrangers au traumatisme que les siens – le peuple rom –  ont vécu. Cet « holocauste oublié » par la convention du silence a scellé leurs paroles. Son histoire le connecte inexorablement à tant d’autres, les « silencieux ».

« Tcha ne fait pas de la musique, il « est » musique »

Tous insufflent une vie nouvelle à quelques-uns des plus beaux madrigaux de Monteverdi, enrichis de chants et musiques de la tradition tzigane et de pratiques musicales du pourtour méditerranéen. Le spectacle est tour à tour joyeux et mélancolique, simplement envoûtant.

Le spectacle est créé à Namur avant une longue tournée européenne. Ce sera l’événement culturel de ce début d’année 2021.

 

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Les madrigaux de Monteverdi sont considérés comme la première musique vocale de notre tradition écrite à exprimer les émotions humaines avec ses drames, ses passions et ses joies. Ces madrigaux, composés entre 1587 et 1638, se rassemblent principalement autour de trois thématiques : l’amour, la séparation et la guerre.

La musique s’ancre pour la première fois dans les mots et leurs sens, utilisant les poèmes de Pétrarque, Le Tasse ou Marino. C’est au cours de l’évolution de cette forme et du cœur même de ces polyphonies que Monteverdi a participé à la création de l’Opéra comme un genre nouveau. Petit à petit, les voix se sont individualisées laissant naître « arias et récitatifs », tels des chants suspendus prolongeant le narratif des langoureuses complaintes. Lors de ces premiers pas de notre écriture musicale, il est fort probable que Monteverdi ait puisé dans les trésors musicaux des traditions orales des pourtours de la Méditerranée,  celles-là même qui aujourd’hui sont les sources d’inspiration de Tcha Limberger.

L’un des axes du travail défendu par Fabrizio Cassol est de retrouver l’essence populaire originelle du madrigal, de celle qui rompait, notamment, avec le cadre formel imposé par l’Église. Ainsi, loin des interprétations à « l’ancienne » nourries par la recherche musicologique actuelle, il nous propose de retrouver le souffle premier du madrigal et ce, en puisant dans la richesse de l’authentique et encore vivante tradition orale. De ce gigantesque flux de poésies lyriques, il a sélectionné des parties, les découpant et les assemblant à nouveau pour que les mots et les mélodies, dans ce nouveau contexte, semblent être les fragments imaginaires de ces lettres jamais écrites.

Les thématiques de l’amour, de la séparation, de la mort, de la guerre, de la divine nature et de l’exil croisent les chants de Tcha Limberger. Les madrigaux ainsi déconstruits et reconstruits sont nourris par la diversité des sons de la Méditerranée et des Balkans comme probablement Monteverdi eut l’opportunité d’en écouter.

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