Dada Masilo

Après Swan Lake en 2012, Dada Masilo, figure emblématique de la scène sud-africaine, revient au Théâtre de Namur avec sa nouvelle chorégraphie de Carmen (décembre).

Née en Afrique du Sud, Dada Masilo est une jeune danseuse et chorégraphe de moins de 30 ans. Issue de la Dance Factory à Johannesburg, elle a également séjourné en 2005 et 2006 à Bruxelles à l’école PARTS, Performing Arts Research and Training Studios, créée par Anne Teresa de Keersmaeker. De ces enseignements, elle retire une technique époustoufflante à laquelle viennent se greffer toute sa sensibilité et son engagement, créant son propre style. Très vite elle devient l’une des danseuses chorégraphes les plus célèbres d’Afrique du Sud où elle se produit dans tous les festivals et remporte de nombreuses distinctions. Elle forme à son tour des jeunes danseurs. Chorégraphe hors normes elle donne régulièrement des « workshops » aux Etats-Unis et se produit internationalement. Sa reconnaissance dans le monde de la danse n’est plus en doute, Dada est une prodigieuse danseuse.

Sa particularité réside dans la capacité à intégrer harmonieusement des thèmes et des empreintes classiques à des techniques modernes et des dynamiques sociales actuelles. Avec Carmen, Dada Masilo n’en est pas son premier coup d’essai. Elle aime interpréter audacieusement les héroïnes tragiques et tourmentées (Juliet, Ophelia, Odette,…) donnant à la folie des personnages une nouvelle forme d’expression, révélant leur  vulnérabilité.

Fraiche et moderne, elle puise dans le Ballet classique la capacité à traiter les problèmes sociaux auxquels notre société est confrontée. Adolescente dans le quartier de Soweto, elle a grandi au cœur des tabous et des discriminations raciales de son pays. Sa lucidité et sa conscience sociale la poussent à interroger ces interdits et à les faire voler en éclats au travers de ses créations. De la même manière, elle envoie valser les différents codes de genre et de sexualité. Habitée et inspirée par le métissage, il lui confère une dynamique de renouveau et un regain d’invention. Elle se plaît à marier subtilement la danse classique, contemporaine et africaine… Résultat des courses : l’énergie explose dans un jaillissement de sensualité.

J’adore les classiques parce qu’ils offrent tellement. On peut avoir une problématique et utiliser un classique pour faire passer son message par l’interprétation. Je ne suis pas une grande fan de la danse abstraite (bras et jambes qui se déplacement dans l’espace sans signification ne m’intéressent pas). J’aime le défi d’amener un personnage à la vie. Les classiques m’aident justement à faire cela. J’aime aussi raconter des histoires dans lesquelles les gens peuvent se retrouver. La plupart des classiques traitent de problèmes sociaux que je veux aborder. C’est pour ça qu’ils m’attirent – Dada Masilo

 

Présentant sa démarche face à Carmen, voici ce qu’elle nous dit:

J’ai commencé avec l’idée de mettre à jour Carmen, la femme – chercher sous la surface que l’on présente dans les ballets et les opéras – trouver la vulnérabilité sous son apparente froideur et son côté sans cœur. Durant mes recherches, il y avait tellement à mettre à jour : je cherchais Bizet et j’ai trouvé Chtchedrine, j’ai trouvé de nombreuses interprétations existantes. Au final, j’ai créé une interprétation qui nous permet à moi et aux danseurs, de faire ce qu’on aime le plus – danser.

Quand j’ai vu le Carmen de Mats Eks à l’âge de 16 ans, j’ai été époustouflée. Je savais que je voulais danser ce rôle. Carmen est tellement méchante. Elle est tout ce que maman vous dit de ne pas être. Donc c’était génial d’être vilaine et de s’amuser avec, mais tout en sachant que ce n’était pas moi.

J’ai été d’abord et avant tout inspirée par le personnage, Carmen puis par la musique et ensuite par le récit, dans cet ordre. J’ai décidé de prendre des cours de flamenco parce que je voulais conserver certains éléments de l’original, mais les fusionner avec la danse contemporaine, parce que les styles sont tellement différents. C’était un défi fantastique. Pour les costumes, je ne voulais pas utiliser ceux de la danse traditionnelle espagnole, car ils sont un peu trop lourds, surtout pour le travail au sol. Mais je voulais sans aucun doute de la fluidité et du mouvement dans les costumes – et des roses sur les têtes (même si je n’ai pas de cheveux !)

Pour vous mettre dans le bain, voici des extraits de Swan Lake :