Notre spectatrice critique était à la première du spectacle « OUTWITTING THE DEVIL » ce jeudi 5 décembre. Voici ce qu’elle en a pensé : 

Avec OUTWITTING THE DEVIL, le célèbre danseur et chorégraphe Akram Khan dénonce l’influence néfaste de l’être humain sur notre écosystème. Pour illustrer son propos, il se réapproprie avec créativité un mythe ancien, celui de l’Épopée de Gilgamesh qui, dans sa quête d’immortalité, dévasta une majestueuse forêt de cèdres.

La parole n’intervient que ponctuellement. Le but n’est pas de raconter cette histoire en déclamant un discours limpide mais bien de la faire vivre grâce au langage universel de la danse. Si cette allégorie peut paraître quelque peu ésotérique aux yeux des plus cartésiens, le conseil est de l’expérimenter avec les sens. C’est de cette manière qu’elle se révélera à eux avec force et bouleversera leur sensibilité. (Il reste toutefois intéressant de lire la fiche descriptive du spectacle avant d’y assister pour en apprécier d’autant plus les intentions du chorégraphe).

Sur scène, six danseurs de tous âges forment une communauté cosmopolite dont le langage corporel est propre à chacun et dont les influences culturelles sont singulières. Ils évoluent dans l’atmosphère inquiétante des vestiges d’une cité en ruines, à l’image de notre environnement décimé. Entre danse contemporaine, ralentis, tableaux figés, frénésie et danse indienne traditionnelle, ces performeurs communiquent intensément toute la rage qui les anime face à la destruction environnementale massive. En utilisant leur art tel un exutoire, les protagonistes semblent habités par le message qu’ils veulent transmettre. Leur gestuelle est à couper le souffle et leurs énergies diverses s’articulent avec justesse pour générer l’émotion chez le spectateur.

Le personnage de Gilgamesh est interprété par deux danseurs, l’un « jeune », l’autre « vieux ». Le vieux Gilgamesh, nostalgique, se plonge dans ses souvenirs et revit le moment douloureux où tout a basculé. Il tente de réparer ses erreurs en cherchant les solutions dans son passé, essaye en vain d’interagir avec le jeune Gilgamesh pour le mettre en garde car la culpabilité le ronge. Alors que la danse aérienne du jeune évoque le fait qu’il porte en lui l’espoir d’un changement possible, celle du vieux, résignée, amène au constat tragique qu’il est trop tard. Épuisé par les regrets, il devra porter son fardeau, symbole du poids de ses actes, jusqu’à son dernier souffle.

OUTWITTING THE DEVIL fait donc écho à notre actualité et lance un appel à la remise en question. La pièce nous met face à nos travers dans un tourbillon artistique saisissant. Elle ne nous laisse pas indemnes et c’est tant mieux ! La musique de Vincenzo Lamagna y joue également un rôle primordial. Par son côté cinématographique, elle tient le spectateur en haleine du début à la fin. Aux moments opportuns, elle permet de renforcer la tension, de donner espoir, d’effrayer ou même de réconforter. Elle emporte le public qui co-vibre à son rythme. Hier soir, les spectateurs sont restés captivés sans relâche, totalement admiratifs du travail réalisé par chaque intervenant (technique et artistique). Et quel plus bel hommage que de les saluer en fin de spectacle par une standing ovation générale.

Candice Falesse

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