Christine a découvert le spectacle « Maison Renard« , notre dernière création à voir au Studio.

Voici ce qu’elle en pense:

Il n’est pas encore dix-neuf heures, le public arrive au compte-goutte pour patienter devant l’amphithéâtre… On patiente avant de pouvoir descendre au studio.
Nous entrons tous ensemble dans l’intimité du studio. La salle est dépourvue de ses coulisses. Très vite, un lien se crée entre Bertrand Renard et le public. Bertrand est habillé d’un pantalon classique, d’une chemise claire, d’une cravate orange et d’un baudrier. Il nous salue, nous accueille, au centre de la scène, il y a de la terre, une butte, à côté, un présentoir…

Who’s BAD? C’est pas une chanson de Michael Jackson, c’est une Base Autonome Durable.
Bertrand sait que la fin du monde est proche, il est donc là, pour nous présenter la solution pour survivre à l’effondrement que l’on est en train de vivre. Face à toutes les catastrophes prédites scientifiquement, l’angoisse et la peur qu’il y a derrière, Bertrand nous propose une BAD. Personnellement, je ne savais pas ce qu’était une BAD, mais Bertrand est là pour nous l’expliquer. L’acronyme est plutôt cocasse.

Monsieur Renard est à mi-chemin entre deux attitudes totalement surprenantes. Il mêle celle d’un prof de sciences du début de mes secondaires et celle d’un commercial des années 80, 90. L’image du commercial prend vite le dessus… une bonne humeur forcée pour parler d’un sujet tristement réel me donne l’impression de regarder le Truman Show! Bertrand est cynique, il a un rire sarcastique, des yeux qui font flipper et nous, nous sommes dans ce studio confiné…

Je n’avais pas la moindre idée de ce qu’Alexandre Dewez, dit Bertrand, allait faire de nous pendant l’heure et demie annoncée que l’on allait passer avec lui.

Monsieur Renard possède la vérité sur ce qui est en train de se produire à l’échelle non seulement mondiale, mais surtout, ici, à l’échelle du Théâtre de Namur et plus encore, à l’échelle du studio. L’ensemble du public est présent dans son spectacle, il nous permet d’interagir avec lui, chacun d’entre nous répond à ses questions, il vient révéler des informations qui nous concernent.
Je suis hypnotisée par le discours de Monsieur Renard, la gorge serrée par les catastrophes en cascade, l’effondrement de notre société industrielle et notre autodestruction qui nous pend au nez. Et nous, nous, on rit, on rit, tous, d’un rire probablement jaune, un beau jaune au cœur de cette pièce dans la pénombre face à un discours qui n’est pas qu’à moitié sombre.

Je prends du recul, bien que ce sujet fasse partie de l’actualité, je me dis que le Théâtre a un très beau pouvoir que je connais depuis plusieurs années. Ce pouvoir, c’est celui de proposer un thème d’actualité sur une situation d’urgence avec une mise en scène audacieuse, vraiment surprenante; et dans le même temps, de pouvoir proposer un show musical sur des chansons en playback!

Je voudrais dire encore une fois merci, merci à Alexandre Dewez pour l’illustration qu’il nous a faite, merci de pouvoir encore nous faire rire sur une thématique qui fout la trouille. Alors si toi aussi, tu vas voir Maison Renard, prends ton temps, vise un bon deux heures plutôt qu’une trop courte heure et demie. Pourquoi? Parce que, l’essence du message n’est pas dans l’illustration qu’il nous fait de l’effondrement, c’est une manière d’en rire. Le message est présent dans ce qu’il propose chaque soir.

Chaque soir, il invite des intervenants différents pour échanger, débattre sur ce que l’on est réellement en train de vivre. Au fond, on est plus dans la fiction, on est dans l’action. Alexandre propose poliment aux personnes du public qui doivent partir de le faire. À ma grande surprise, c’est la moitié de la salle qui ne saisit pas la chance de prendre de la hauteur sur sa représentation. Et puis, je comprends bien que ceux qui restent, ce sont ceux qui ont déjà conscience des changements que l’on peut faire.
Alors, allons donc participer aux échanges qu’il met sur la table en fin de spectacle, car chacun a la parole, car chacun peut ouvertement donner son avis, car chacun a la place de pouvoir échanger et finalement repartir les batteries chargées.
Autant, plus haut dans mon texte, je parle d’un Bertrand flippant, autant après, nous avons un Alexandre très touchant face à cet effondrement qui le questionne et face auquel, il ne souhaite pas être simplement spectateur.

Un sujet d’actualité, une mise en scène très brute et des échanges florissants. Je quitte peut-être le studio en pensant naïvement que je vais changer le monde et certaine de ne pas être découragée par l’urgence.

Christine Paquet

Photo: Marianne Grimont

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