Voici l’avis de Vinciane Ruelle, notre spectatrice critique de « La promesse de l’aube » ce mercredi 14/11!

Ce qu’elle en a pensé:

C’est l’histoire de Nina Owczynska, mère fantasque, toxique mais pléthorique dans son amour pour son unique fils, Romain Gary, qu’elle choie autant qu’elle charge d’ambitions, de rêves et de projets : tu seras un héros, tu seras général, Gabriele D’Annunzio, Ambassadeur de France, […] un jour tu seras Victor Hugo. Ce faisant, elle élève la montagne que l’enfant, puis l’adolescent et l’homme devront gravir pour atteindre les sommets de la gloire, et réussit le tour de force d’être à la fois la destination et le voyage : concrétiser les aspirations que Nina a nourries pour Romain passera par un soutien indéfectible de la mère au fils, une foi d’elle en lui, une omniprésence souvent embarrassante mais également salvatrice, même au-delà de la mort.

La promesse de l’Aube (1960), c’est le roman autobiographique de cette histoire hors norme, fruit d’une plume atypique, celle de Romain Gary. En 2017, Éric Barbier propose une adaptation cinématographique éponyme. En 2018, c’est de théâtre qu’il est cette fois question avec une mise en scène d’Itsik Elbaz et une interprétation de Michel Kacenelenbogen.

Quel que soit le medium, il semblerait que la montagne soit trop haute, impossible à franchir. Charlotte Gainsbourg et Pierre Niney, d’ordinaire brillants, échouent à embrasser les destins de Nina et de Romain. Michel Kacenelenbogen, dont la réputation n’est pourtant plus à faire, peine lui aussi à camper le mystère Gary. Le ton est trop badin, l’ironie toujours trop explicite, comme si l’enjeu était davantage de susciter l’amusement de l’assemblée que de donner corps à un homme grave, marqué au fer rouge par sa mère.

Lisse et peu convaincante, la mise en scène l’est malheureusement aussi. Les déplacements manquent de pertinence, et ne semblent exister que pour s’épargner un spectacle exclusivement statique. Le recours inutile à l’écran pour scander les étapes de la vie – enfance, France, guerre – démontre une nouvelle fois la tendance du théâtre du XXIème siècle à se technologiser, au détriment du sens. L’image finale, si elle est belle, paraît quant à elle répondre à une envie irrépressible de l’équipe artistique plutôt qu’à une réelle exigence scénographique.

Jusqu’à présent, ni le cinéma ni le théâtre n’ont tenu leurs promesses. Le sujet est loin d’être épuisé, la voie reste donc libre à de nouvelles explorations. Et puis une montagne a plusieurs faces, l’ascension peut emprunter des chemins différents. En 2014, l’Intime Festival, lui aussi accueilli par le Théâtre de Namur – preuve s’il en faut qu’une programmation repose sur des choix heureux, et d’autres qui le sont moins…  – proposait dans le cadre de son chapitre II une grande lecture de La Promesse de l’Aube. Nous n’y étions pas, dommage. La lecture à voix haute, dans ce qu’elle a d’intérieur, d’intime et de partagé à la fois, permettrait-elle d’insuffler au texte de Romain Gary toute la profondeur nécessaire ? Il y a fort à parier que oui.

Vinciane Ruelle

 

 

 

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