Notre spectatrice est venue voir George Dandin hier soir et voici ce qu’elle en a pensé :

Revisité par Jean-Pierre Vincent, l’un des grands metteurs en scène du théâtre français, ce classique de Molière est une satire sociale où l’on se plaît à épier les aventures des protagonistes. La pièce s’articule autour de la chute vertigineuse de George Dandin, un ancien paysan qui, à coup d’habiles combines, a réussi à s’élever dans la société. Nouveau riche, il côtoie à présent la noblesse qui se sert de lui par intérêt mais il y trouve son compte. Alors qu’il pensait tirer enfin les ficelles, il se voit malmener continuellement par son entourage et ses maintes tentatives pour
s’en sortir sont vouées à l’échec.

« George Dandin ou le mari confondu » est une comédie noire qui se veut très actuelle par ses thématiques indémodables qui traversent les époques. Dépeinte de façon caustique, cette société du 17ème siècle s’apparente à la nôtre bien qu’elle ait relativement évolué. La question de l’émancipation de la femme y est abordée dans une atmosphère de lutte des classes entre paysans et nobles. La noblesse est dédaigneuse face aux gens du peuple mais reste prête à se rabaisser pour séduire la classe supérieure et atteindre toujours de plus hautes sphères. Aveuglés par ce désir, ils ne parviennent pas à se contenter de ce qu’ils possèdent et c’est en cela que le monde court à sa perte. Tiraillé entre les deux classes, George Dandin apprendra à ses dépens que la sienne finira inlassablement par le rattraper. A croire que la valeur d’une personne se réfère à la catégorie dans laquelle on l’a placée.

Coûte que coûte, chacun veut entretenir ce pour quoi il s’est battu : d’un côté, les beaux-parents s’évertuent à sauver les apparences malgré la détresse de leur fille prise dans l’engrenage d’un mariage forcé. De l’autre, George Dandin se résigne à se faire manipuler et humilier publiquement pour conserver son statut. Nous sommes conditionnés depuis des générations à devoir agir comme on nous le dicte et le fait de vouloir se libérer des carcans de la société nous porte préjudice. George Dandin est coincé dans cette spirale mais il n’est pas dupe et reconnait que, s’il en
est arrivé là, c’est par sa faute. Avec autodérision, il se moque de lui-même mais également de nous en nous prenant à partie. Tout en pointant le public du doigt, il se dit à haute voix : « Vous avez seulement ce que vous méritez ». Nous sommes alors face à nos propres travers et ne pouvons que nous remettre en question. Et nous sommes d’autant plus perturbés que la pièce nous amène à nous prendre d’empathie pour ces personnages malgré leurs actes que nous ne cautionnons pas mais qui nous rappellent que nous aussi en sommes capables.

Très riche et extrêmement bien ficelée, « George Dandin ou le mari confondu » est donc une comédie amère mais tellement délicieuse à la fois. Même si l’on ne connait pas la pièce originale, cette revisite respecte les codes classiques pour le plus grand plaisir des spectateurs adeptes du genre. Sur scène, dans un décor minimaliste, le jeu des huit comédiens en costumes d’époque est remarquable. Ils jonglent avec les mots et leur font prendre vie de manière délectable. Dans la salle, on se surprend à rire généreusement de ces situations qui sont en réalité au plus proche de nous.

Candice Falesse

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