Notre spectatrice critique, Christine, a vu « Dance me » ce jeudi 6 décembre. Voici son avis. c’était Saint Nicolas pour tous nos spectateurs dirait-on!

Le plein, le vide, l’ombre et la lumière, des va-et-vient.

On m’annonce que « Dance Me » fait salle comble, j’ai du mal à réaliser tout de suite qu’il y a des spectateurs jusqu’au paradis, ce n’est qu’en fin de spectacle que je lèverai les « yeux au ciel ».

Quatorze danseurs investissent la scène du Théâtre de Namur durant trois jours, trois fois quatre-vingts minutes de frissons, d’émotions, de passion, de surprises, de scénographie rondement menée. Il existe une forme de magie quand, en tant que spectateur, tu t’installes dans ton siège de velours et que l’immense rideau rouge entouré de dorures qui cache la scène ne nous dévoile pas d’emblée ce que l’on va voir ce soir.

Une once de magie me gâte, le rideau à l’italienne nous divulgue délicatement des ombres, des lumières, des danseurs tantôt éclairés tantôt dans l’ombre. Ils s’approchent d’un pas décidé, ils dansent avec la luminance des spots présents de part et d’autre de la scène, je suis directement envoûtée par leurs gestes précis, leur rythme, leur justesse. Les danseurs ont, dans un premier temps, des tenues identiques, qui leur permettent toutefois d’être reconnus de manière singulière.

J’apprécie les ressemblances des différents membres de la troupe, mon regard est de plus en plus captivé par les mouvements des danseurs. Ils sont tantôt en duos, tantôt avec toute la compagnie sur scène, il y a une rythmique, une sorte de balance entre la « masse » et le vide, la « masse » n’est jamais perçue comme une lourdeur, chaque danseur a sa place dans une chorégraphie basée sur la légèreté. À plusieurs reprises, j’ai eu l’impression que femmes & hommes dansent « sur des oeufs » dus à leurs gestes pleins de grâce.

Les oscillations des différents corps dansant aussi bien seuls, qu’en duos ou encore en groupes captivent le regard du spectateur. Les mouvements sont précis, nets, les jeux de lumière forment un tout, la musique poétique de Léonard Cohen a le pouvoir d’amener une douce mélancolie. Le choix des différents morceaux ne laisse pas de place à des « temps morts », mais plutôt à des zones de respiration, on passe aussi bien d’une mise en scène très vive avec presque tous les danseurs à un duo sensuel des corps qui s’entremêlent et nous donnent cette sensation de légèreté, de douceur saupoudrée de passion.

Les Ballets Jazz de Montréal m’ont transportée dans cet univers empli de tendresse, ils m’ont fait entrer dans une bulle, je me suis sentie dans une délicate intimité, une certaine relation unique entre eux et moi qui m’a même permise d’oublier que j’étais au théâtre. Je suis plongée dans une sorte de cocon, le public est silencieux et très respectueux, je ne le remarque plus, je suis désormais seule avec Dance Me. Je me retrouve alors à rêvasser, à me souvenir de nombreux moments passés tels que des soirées chants au coin du feu lors de mes camps scouts, tout en ne perdant pas une miette du spectacle. Ce groupe de femmes et d’hommes illustrent avec tendresse une partie du répertoire de Cohen, les mouvements sont parfois nets et précis, les corps musclés s’articulent délicatement pour former un tout, un groupe, une cohésion, un ensemble d’émotions. La gestuelle est telle que je me retrouve presqu’à imaginer qu’ils dansent sous l’eau ou encore à imaginer leur corps tel un vêtement de soie.

Je ne décroche pas une seconde mon regard de la scène du théâtre ce jeudi soir, les danseurs, les lumières se suffisent à eux seuls, enfin presque, l’usage de différents objets apparaît avec parcimonie. Je me détends face à cette succession de chorégraphies qui ne divulgue aucun secret de mise en place, le théâtre permet parfois de voir le ballet des décors, ici, la magie a opéré et tous les changements sont restés secrets pour moi!

Je ne connais pas mes voisines de gauche, mais avant de pouvoir entendre les applaudissements, je comprends très vite qu’elles sont tout aussi bouche bée que moi. Le public fait part de son engouement, chaleureusement, il applaudit, salue la performance, crie différents « bravo » ou autres cris de joie. Rapidement, mes voisines et moi ainsi que d’autres personnes sur la gauche du parterre nous levons pour continuer d’acclamer l’ensemble la troupe.

J’ai à peine le temps de me tourner vers le reste du public, que l’ensemble de la salle est debout, la foule crie, siffle, un homme agite son foulard au-dessus de sa tête, je lève pour la première fois les yeux « au ciel » et j’aperçois une standing ovation jusqu’au paradis. « Waw! », « c’est magnifique! », j’ai tellement apprécié ce moment et plus encore la réaction des spectateurs face aux danseurs, le rideau s’ouvrait et se fermait sans cesse grâce aux rappels de la foule reconnaissante. J’en avais mal aux mains, mais je ne voulais pas arrêter d’applaudir, les danseurs revenaient nous saluer jusqu’à ne plus savoir que faire sur scène, ils m’ont en tout cas semblé touchés par l’accueil que les Namurois leur ont réservé.

Ma voisine la plus proche me glisse un : « c’est tellement émouvant », je lui réponds : « oui, quelle belle soirée! ». (Je dois bien avouer que j’avais, moi aussi, une larme au coin de l’oeil face à tant de reconnaissance et surtout après quatre-vingts minutes de frissons.

Émotions & frissons,
douceur & légèreté,
m’ont tout fait oublier!

Christine Paquet

Photo: Thierry du Bois – Cosmos Image

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