Comme il est de coutume, désormais, voici l’avis d’une spectatrice sur l’un de nos spectacles!
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Terre Noire. Mercredi 25 janvier.

J’entre dans la grande salle du théâtre et mon œil est directement attiré vers la scène. Deux comédiens y sont déjà et discutent autour d’une table. J’élargis mon champ de vision et le décor me transporte ailleurs. Sous cette table, placée sur une estrade, des cannes à sucre. A droite, un bureau de bois. A gauche, un bureau moderne. Où allons-nous aller ?

Les lumières s’éteignent. Derrière les comédiens, un film est projeté. Des gens sourient, d’autres pleurent, d’autre encore enterrent leurs morts …Un poids se fait sentir dans toute la salle. J’arrive presque à entendre respirer les deux ou trois personnes qui osent le faire.
Le comédien qui était assis à la table prend la parole. Il a une voix forte et pourtant douce et chaleureuse. Il raconte son histoire, sa terre, ses plantations. Et là tout s’enchaîne. Les comédiens défilent chacun amenant un bout de l’histoire, qui se construit sous nos yeux. Du passé au présent, de la ville à la campagne, ils nous transportent dans leur histoire avec une facilité déconcertante.
Souvent, ils nous plantent le décor en décrivant ce qu’ils voient autour d’eux. Les textes descriptifs sont forts et c’est déclamé avec tellement de talent que lorsqu’ Hippolyte Girardot décrit un objet au plafond, on regarde en l’air ou quand Romane Bohringer décrit la ville, on voit les voitures, on respire l’air de cette ville.

Le rythme effréné nous faire vivre le quotidien difficile du paysan face aux grandes multinationales toutes puissantes. On suit son combat, on rit avec lui, on s’énerve avec lui, sa naïveté est la nôtre. On est aussi transporté dans le combat mené par sa pétillante et courageuse avocate, choisie pour des raisons originales mais qui néanmoins se bat bec et ongle pour défendre les droits de son client face à ces entreprises à profits tellement dévastatrices.
Les comédiens sont à couper le souffle, tous, sans exception. Toutefois si je ne devais en retenir qu’une seule c’est Babetida Sadjo qui interprète la femme de Hagos le paysan. Elle occupe la scène tout au long de la pièce mais ne parle pourtant que peu …Mais quand elle prend la parole, messieurs, dames, sortez les mouchoirs ! Son interprétation m’a émue à chaque fois dont une où j’ai dû me retenir de sangloter pour ne pas inquiéter mes voisins !

C’est évidemment une pièce engagée, qui montre, de manière différente et intelligente, la difficulté de cultiver des terres « propres » face à toutes les multinationales qui veulent créer des terres « rentables ». Cette pièce met également en lumière la manière dont les puissants peuvent exploiter la naïveté et le besoin d’argent des autres pour arriver à leurs fins. On n’apprend rien sur le monde tel qu’il est aujourd’hui, c’est un triste constat de plus. Mais un constat émouvant et engagé qui vous laisse des traces à la sortie.
« Nous sommes tous des graines et bien que nous puissions être enterrés un temps, au moment opportun nous germerons et sortirons au grand jour tout notre potentiel ».

Charline Wartel

Photo: Gaëlle Simon

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