Critique de spectateur: Tableau d’une exécution

Voici l’avis de l’un de nos spectateurs « critiques » sur le spectacle Tableau d’une exécution d’Howard Barker!
Qu’il soit positif ou pas, il peut participer au débat et c’est ce que nous recherchons.

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Au théâtre de Namur ce mardi 7 mars, la salle est empreinte de l’excitation des spectateurs qui vont assister à un événement.
Ce soir, c’est la première de « Tableau d’une exécution ».
La première du spectacle mais aussi, la première en Belgique de l’œuvre magistrale d’Howard Barker. Un événement vous disais-je !

« Tableau d’une exécution » est une fresque shakespearienne contemporaine, une aventure radicale au scénario d’une efficacité redoutable, qui voit la bataille surgir du tableau censé la représenter, et envahir la scène. » Ainsi est décrite la pièce que je m’apprête à découvrir ce soir. Bon du coup, pour le mardi soir détente et rigolade c’est pas gagné. Plonger les deux pieds dans la Venise du XVIe siècle avec en trame de fond la réalisation d’une œuvre sur le massacre en mer le plus sanglant de l’histoire, je prépare mes mouchoirs.
Le rideau se lève. 2 personnes sont couchées. 1 femme et 1 homme. Leur gestuelle laisse à penser qu’ils sont amants. Leur reflet est projeté grâce à un miroir incliné vers la scène, porté par un échafaudage …Mais où vont-ils m’emmener ?

Elle, c’est Galactia, peintre réaliste et femme libérée. Lui, Carpeta, peintre relativement médiocre et amant de la très libre artiste. Ils discutent de la mission que s’est vue offrir Galactia par le Doge, à savoir la réalisation d’une œuvre gigantesque qui mettra en scène la bataille de Lépande. Mais quand on s’appelle Galactia, la commande faite par l’Etat est-elle en adéquation avec sa soif de vérité ? Quand l’Etat décrit la bataille comme « la plus noble des victoires sur les païens turcs » et que l’artiste n’y voit qu’un feu d’artifice de chair mutilée, une mare de « culs flottants » et des survivants gardant en tête des images atroces, un véritable combat va se livrer.
Et qui dit combat, dit coups. Et les coups, pendant 1h50, on en prend.

La mise en scène d’Emmanuel Deconink est subjuguante. Entre le miroir et l’échafaudage, il y a ce tableau qui se crée sous nos yeux et dont les personnages partagent leurs émotions avec l’artiste tantôt l’encourageant, tantôt lui reprochant de vouloir montrer tout ce mal, tout ce sang, tout ces corps. Les tableaux sont entrecoupés de musique classique, nous plongeant plus encore dans l’émotion. Les acteurs sont d’une extrême justesse sur les textes d’Howard Barker. La justesse de l’interprétation nous emmène dans des montagnes russes émotionnelles dignes des parcs d’attraction ! J’ai ri, j’ai eu peur, j’ai été émue…
En 1h50, il n’y a pas une minute où mon baromètre émotionnel ne s’est pas affolé.
Je voudrais terminer par les textes. Howard Barker, en bon anglais qu’il est, ponctue ses textes de cynisme et d’humour. Ses textes sont plus que contemporains, ils sont intemporels.

Ce soir, le 7 mars, « Tableau d’une exécution » était jouée pour la première fois en Belgique. Ce soir, j’ai assisté à un évènement de théâtre mais Véronique Dumont, Philippe Résimont, Bruno Mullenaerts, Emilie Guillaume, Laurent Bonnet, Denis Carpentier, Gaël Soudron et Julie Dacquin ont donné naissance à une véritable pépite et je souhaite à cette pièce de voyager bien au-delà de la Belgique !

« Tableau d’une exécution » est visible jusqu’au 11 mars au théâtre de Namur et je ne peux que vous encourager à y aller. Cette pièce réunit de formidables comédiens, une mise en scène éblouissante où se mêle théâtre de textes et de corps, musique et combats acrobatiques (ça vous intrigue hein ? Allez voir la pièce, vous comprendrez).

Charline Wartel


Photo: Marianne Grimont


Date: 8 mars 2017

Auteur: Théâtre de Namur

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