Critique de spectateur: Saloon

Voici le dernier avis de spectateur pour cette saison 2016-2017! (Lire toutes les critiques de la saison)
On remercie sincèrement Charline Wartel, Sandra Janssens et Olivier El Khoury pour leur investissement et la qualité de leurs « papiers »!

Nous remettrons le couvert dès la rentrée prochaine!
Si l’exercice vous tente, si vous souhaitez rejoindre l’équipe, n’hésitez pas à le faire savoir à olivierstoffels@theatredenamur.be 


Saloon : un univers de performances

Le gamin devant moi se tord le cou dans tous les sens avant que le show démarre. Il admire la déco alentour et pointe les balcons du théâtre. Les noms des plus grands auteurs et compositeurs ornent les murs. Entre Shakespeare, Molière et Mozart, le gosse se marre en lisant « Weber ». Il s’étonne ironiquement de découvrir « un pilote de F1 » parmi le panel. Devant l’imperméabilité de sa grand-mère, il mime candidement mais avec des gestes précis, un chauffard quelconque occupé à violenter un volant imaginaire dans une épingle à cheveux inquiétante. Je m’étonne pareillement, du haut de mes opinions snobinardes, de découvrir du cirque au théâtre. Mais le rideau se ferme et cloue le bec du gamin en même temps qu’il tue dans l’œuf mes convictions de jeune fasciste en puissance.

J’ai poussé les portes du théâtre comme je pousse les portes battantes des toilettes dans ces bars à la déco tendancieuse et qui, faute d’originalité et d’esprit de pragmatisme, se dotent d’une porte saloon qui ne laisse jamais rien présager d’exaltant : avec l’appréhension de découvrir l’hygiène malencontreuse qu’elles abritent et avec la maladresse de celui qui se prend un pan en bois dans la gueule ou qui laisse traîner un bras et un peu de dignité dans la logique impénétrable du mouvement de ces battants maléfiques. Mais quelle surprise, là derrière!

Les astres n’étaient vraiment pas alignés pour que je donne ma bénédiction à Saloon mais il s’avère que le talent a plus d’impact qu’on ne le croit. Pour un gars comme moi qui sait à peine faire ses lacets, voir un mec jongler entre ses jambes avec une dizaine de quilles, ça m’en a direct bouché un coin. Les gars sont des athlètes, pas pour rire. Et on se cantonne pas à des performances acrobatiques impensables et variées, qui sont sans doute de coutume dans ce type de spectacle. Mais bien à tout un univers de Far West incarné par un décor efficace et surtout, de la musique entrainante. Elle fixe un tempo intraitable, dicte le rythme sans relâche et s’allie à des chorégraphies et des performances de haute volée. Mon côté sadique espère une petite chute, pas vilaine, pas crapuleuse, juste pour me rassurer que ces gars sont pas des machines en peau de souplesse. Mais y a davantage de chances de tomber sur un Québecois qui n’inspire pas la sympathie et pourtant, les probabilités sont faibles. La preuve là, sur scène. Les mecs s’amusent tout en impressionnant et se chauffent au bruit des applaudissements réguliers et joyeux.

Comme quoi y a pas besoin de philosopher sur les grands principes de la vie. Ok, ils font pas dans la dentelle niveau sentiments et on ressort pas avec les genoux qui vacillent et le poil hérissé. N’empêche qu’ils nous emmènent dans un monde féerique et endiablé et que la performance est tout bonnement exceptionnelle.

Je ressors des chiottes avec mes pompes intactes, la vessie soulagée et le souvenir de ma journée de merde catapulté dans les limbes de mes préoccupations du jour.

En général, je suis coriace en matière de conviction à deux balles. Aujourd’hui, j’ai flanché volontiers.

Olivier El Khoury

Date: 3 mai 2017

Auteur: Théâtre de Namur

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