Critique de spectateur: Rumeur et petits jours

Voici l’avis de l’un de nos spectateurs « critiques » sur le spectacle Rumeur et petits jours du Raoul Collectif.

Qu’il soit positif ou pas, il peut participer au débat et c’est ce que nous recherchons.

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Irrévérence – partie II

Après Le Signal du promeneur, je trépignais à l’idée de revoir ce collectif à l’œuvre. Les mecs m’avaient mis des claques et je m’attendais à ce qu’ils soient pas à la hauteur du second rencard. Mais j’en suis arrivé à l’invariable et inévitable conclusion qu’en plus d’être bourrés de génie, ces mecs là sont vraiment timbrés.

Ça démarre plus calmement, on se dit qu’ils ont pris leur cachets avant de monter sur scène, ce coup-ci, qu’ils tempèrent les ardeurs de folie dans lesquelles ils nous avaient traînés la dernière fois. Émission de radio autour d’une petite table sobre, ambiance feutrée, petite clope pour affirmer une ambiance et un style très seventies. Les rôles sont rapidement assignés, on s’installe tranquillement mais les desseins sont déjà bien esquissés. Et y en a qui vont passer un sale quart d’heure.

D’un coup, tout part en vrille. Un intermède musical suffit à manifester les tensions et frustrations nées d’une discussion autour d’un poème loufoque. La scène s’agite, les zygomatiques s’échauffent. Le ton monte, les rires aussi. Pour ne plus s’arrêter un instant. Et attention, on n’est pas dans l’humour gras, burlesque ou dans le comique de situation avec toutes les limites qu’il comporterait. C’est des malins, les gars. On est dans la ferveur d’un langage qui révèle tous ses pouvoirs comiques, dans la jouissance d’une folie toute maîtrisée, dans un jeu à la hauteur du texte, dans la monstration de l’absurdité moderne.

Sans hésiter, ça taille dans le lard de la propagande insidieuse, de l’intelligentsia bien pensante, des idées politiques en place, de la culture bourgeoise solidement établie, des idéologies matérialistes bien huilées, des théories et discours sur l’art et la définition du beau. Tant de choses qui obstruent notre liberté personnelle, notre libre arbitre quotidien, l’émancipation de toute forme de personnalité.

Dans une actualité politique plus que jamais sur la tangente, le Raoul Collectif se greffe au débat et flingue tout ce qui bouge avec une irrévérence rafraîchissante. Sans jouer dans la morale et en tournant patiemment autour de son propos, ils suggèrent un plan B à cette impossibilité de décider du sort de nos vies. Et leur engagement se munit d’armes bien plus meurtrières qu’on ne l’aurait imaginé avant de pousser les portes du théâtre : des convictions, de l’intelligence, de l’humour, de l’esthétique, de la folie.

Les acteurs sont formidables et transforment cette digression absurde, complètement barrée et dans une prose d’exception, en une pièce savoureuse, à la fraîcheur intempestive. Une ode perpétuelle à la langue, celle qui est à la fois raffinée et brusque, chatoyante et moderne, pointue et accessible. Mais aussi drôle et finement engagée. C’est un fusil sur la tempe de ceux qui rechignent à mettre un pied au théâtre.

Olivier El Khoury

Date: 21 avril 2017

Auteur: Olivier El Khoury

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