Voici l’avis d’Olivier El Khoury ; notre spectateur critique a vu REQUIEM POUR L.  ce lundi 19 février.

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Un petit mec débarque sur la scène avec son accordéon, il commence à le faire aller. Me demande pas s’il joue du Mozart, je sais pas exactement comment ça sonne. ça sonne cool, ça ouais, mais j’sais pas si c’est du Mozart. Je me demande si tous les gens dans la salle savent si le petit mec à l’accordéon il joue du Mozart, s’il font juste mine ou si je suis le seul pélo à pas en être sûr. Tu vois, sur le fascicule, y a écrit qu’ça va parler de Mozart, alors j’me dis que ça doit être du Mozart, mais Dieu sait que je sais pas comment ça sonne, moi, Mozart. Savez, moi, j’suis pas un gars de la capitale, plutôt un rat de campagne, des choses, j’en connais qu’un petit paquet, je suis pas un compliqué. Moins on en connait, mieux qu’on s’en porte pas plus mal. Renaud aurait pu chanter un truc pareil. Renaud, je connais un peu.

Je suis le cul dans mon siège, tout près de la scène. Je regarde l’accordéon qui s’agite doucement. J’écoute sa jolie mélodie. Puis d’autres personnes le rejoignent. Des musiciens, des chanteurs. Ils embrayent et je me dis que c’est plus du Mozart, un coup ça chante en latin, un autre dans un langue africaine, peut-être plusieurs dialectes, plus ça avance et plus je suis paumé. Mais je me formalise pas, le tout est franchement agréable, on dirait une mosaïque. Des mecs de toutes les couleurs qui jouent de la musique de tous horizons, ça me botte, ouais. Je crois reconnaitre du jazz, parfois du rock, de la rumba, du hip-hop. On peut pas dire que c’est le Mozart traditionnel, tant mieux, les traditions c’est pour les vieux et puis les cons.

Je comprends rien du tout à ce qui se passe mais je reste scotché. Y a une énergie folle qui se dégage de là, un bordel monstre mais ordonné quand même. Un coup ils ont l’air de chialer, un coup plus tard de faire la fête, j’aurais bien vu un désert et un grand feu de joie triste. Mais j’y connais rien donc je ravale direct ce qui me passe par la tête, je suis pas du genre à me la ramener. Surtout sur Mozart. Quoiqu’il en soit, c’est de la balle.

Je me demande si je suis le seul à rien piger, si c’est grave, au fond. Je cale rien, pourquoi ils déposent des pierres un peu partout, pourquoi ils agitent des mouchoirs, pourquoi la dame qui meurt apparait projetée sur le mur du fond, pourquoi elle crache son agonie et s’y raccroche comme si elle était plus douce que la mort, est-ce que tout le monde comprend le latin? La musique est belle, la performance est ouf, les mecs sont forts, j’imagine que ça suffit.

Après une heure, je me dis quand même que j’ai mon compte. Je commence à piquer du nez alors je me jette dans le fascicule pour voir si y a des infos qui pourraient m’aider à comprendre. Peine perdue, c’est du Chinois pour moi, ce qu’on dit sur la pièce. Savez, je suis pas un gars sophistiqué. Pas débile, ça non. Disons que les sentiments me suffisent. Enfin, je m’en accommode, mais si la cervelle suit, c’est du bonus.

La deuxième heure, c’est vraiment long. J’ai l’impression d’un rencard avec une jolie poupée qui me parle en slovène. Au début, sa beauté fait que la langue est pas un obstacle. Puis au final, tu te sens vachement con quand tu te contentes de la regarder. Moi, je me suis senti vachement con quand je me suis retourné et que les trois quarts de la salle étaient debout en train d’applaudir à la fin. Peut-être que j’aurais du me lever moi aussi, histoire de pas passer pour un con. Peut-être que des mecs me regardaient d’un air mauvais en se disant « oh l’autre là, il y connait que dalle, sans doute fini à la pisse ». Je me suis demandé quelle proportion se levait par mimétisme.

Y a une expérience psychologique qui consiste à isoler un sujet dans un groupe d’une dizaine de complices. Deux traits sont dessinés au tableau, un de dix centimètres, l’autre de vingt. A tour de rôle, on demande à chaque participant de désigner le trait le plus long. Les dix complices pointent le trait de dix centimètres. Puis, en dernier, on demande au cobaye de se prononcer. Dans la majorité des cas, le sujet étudié finit par se plier au groupe. Par pression sociale, il désigne lui aussi le petit trait comme étant le trait le plus long, même sur une décision évidente.

Enfin bon, comme je disais, moins on en connait, mieux qu’on s’en porte pas plus mal. Peut-être que je m’embrouille tout seul, que j’ai juste des goûts de chiottes, que c’est juste pas ma came. Ou que j’aurais du persévérer avec la petite Slovène. Elle était canon, quand même.

Olivier El Khoury

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