Critique de spectateur: Reines de pique

Voici l’avis de l’un de nos spectateurs « critiques » sur le spectacle Reines de Pique de Jean-Marie Piemme
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Reines de Pique : Dames de Coeur sur la route des souvenirs

C’est sans mon fidèle ami cette fois que j’arrive dans la grand parterre à cette première de Reines de Pique. « Une histoire d’amitié conflictuelle mais pourtant si précieuse… Voilà qui devrait faire écho en moi » pensais-je en parcourant le programme. Mais j’émerge bien vite de mon introspection. La foule se presse, toutes tranches d’âge confondues, dames parfumées d’un côté et public adolescent de l’autre. Cette pièce fait référence à Shakespeare et au Roi Lear. Les professeurs du secondaire ont dû flairer le bon coup ! Voilà qui va sans doute leur servir d’accroche à une plongée dans la littérature anglaise.

La scène, parsemée de neuf cents très poétiques roses, sur laquelle se dresse un impressionnant monceau de valises, accueille deux grandes dames du théâtre, Jacqueline Bir et Janine Godinas, qui vont tenter nous happer dans leur univers et leurs petits secrets. Elles embarquent… Direction Douvre ! Elisabeth, conductrice pomponnée et bourgeoise, semble dominer le duo. Marie, co-pilote de cette échappée belle, sobre voire un peu austère, semble être la suiveuse.

« Madame », flamboyante et volubile, laisse derrière elle une carrière de comédienne et aussi un défunt et richissime mari. Elle va où elle veut. Elle a l’habitude des fastes, c’est une flambeuse, une joueuse… Elle se veut passionnée et avide de grands sentiments. La domestique semble lui servir de bonne conscience, de garde-fou. Sa sagacité, son intelligence corrrosive, cerne admirablement bien l’identité de sa « maîtresse » et nous dévoile peu à peu les contours d’une personnalité moins brillante. La riche veuve a dilapidé sans compter et se retrouve à présent presque sans le sou. La soubrette tend le miroir de la vérité à celle qui, en fait de passion, a vécu les affres de la violence conjugale et d’une enfance sans père ou presque… Et dont le seul souvenir avec lui se résume à un moment d’intimité partagé avant la mort de ce dernier, au théâtre justement, avec Shakespeare et le Roi Lear… La boucle est bouclée. Cette veuve en détresse est une Cordélia en manque de père qui veut rejoindre Douvre…

Au fil de ce périple, sorte de road-movie théâtral, nous parcourons chacun des méandres de la vie passée de ces deux complices… Des soubressauts d’un amour partagés aux circonstances troubles de la mort du mari. Nous pénétrons la nature complexe de la relation qui unit ces deux personnalités. Leur condition sociale semble avoir façonné le rôle de toute leur vie. Mais la domestique, plutôt que de s’émanciper une fois sa liberté financière acquise, a préféré rester dans son rôle et s’affirmer dans la confrontation. Ces deux femmes sont en fait les deux faces d’une même pièce, elles s’opposent mais se complètent admirablement… Elle ont un vécu, une histoire commune, même si l’une a vécu dans la lumière et l’autre dans la pénombre d’une personnalité solaire ! Toutes deux partagent le même univers et la même passion du théâtre. Elles ne se sont pas abandonnées… Nous voyons se jouer une belle relation, authentique, où on n’hésite pas à dire ses vérités sans détours plutôt que de s’enliser dans les faux semblants d’une glauque bienséance.

Oui, cette pièce nous parle d’une multitude de thèmes allant de l’amitié vraie à l’amour en passant par la soumission, le pouvoir, la mort… Et il faut s’accrocher… Les textes sont magnifiques, cisélés et précis mais tant de sujets y sont abordés que, par moment, je me mets à m’égarer… Heureusement les flèches que ces deux-là se décochent font souvent mouche et le rire vient créer un appel d’air salutaire au milieu de tant de densité.

Je quitte le théâtre pensive… Les relations d’amitié, la durée, l’égalité des rapports humains… Mon ami aurait dû être ici ; ce texte l’aurait peut-être fait réfléchir… Mais il m’attend, j’en suis sûre et j’ai de quoi alimenter notre réflexion ! 

Sandra Janssens

Date: 22 mars 2017

Auteur: Théâtre de Namur

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