Critique de spectateur: Nicht Schlafen (Mahler projekt)

Voici l’avis de l’un de nos spectateurs « critiques » sur le spectacle Nicht Schlafen d’Alain Platel!
Il est forcément subjectif et nous ne le rejoignons pas nécessairement.  Qu’il soit positif ou pas, il peut participer au débat et c’est ce que nous recherchons.

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Mahler Projekt : déchirés

Moi, j’aime bien entendre parler l’arabe. Il veut pas dire grand-chose à mes oreilles, y a juste quelques mots qui éclaboussent, qui résonnent. Puis on n’est jamais tout à fait certain que les mecs qui le parlent se couvrent d’amour ou se crachent leur venin. D’une certaine manière, son hermétisme contribue à son charme. Mais d’un autre côté, on a tendance à se sentir hors du coup. C’est à peu près l’effet que me fait la danse en général et c’est à peu près l’effet que m’a fait Mahler Projekt.

À travers une chorégraphie hachée et brutale, on nous passe un film accéléré de l’Histoire des peuples, du cheminement des hommes, coincés dans le paradoxe de leur destin. Certains dansent admirablement, pour les autres, ça importe peu. C’est leur présence qui compte, la brutalité de leur corps, la fragilité de leurs âmes. La diversité des acteurs nous offre à voir le globe terrestre sur quelques mètres carrés. Des Noirs, des Juifs, des Arabes, des Européens, des Caucasiens, des hommes, des femmes, c’est du géopolitisme sauce funky. Ils se détruisent, se disloquent, se déchirent et pourtant, on n’en est pas si sûrs. On pourrait croire qu’ils font ça par amour, motivés par une forme d’absurde affection pour le genre humain. Ils voguent sur une éternelle tangente entre la destruction et la célébration de la vie, des hommes. On doute de la douceur d’un baiser quand on subit la rudesse de leurs gestes.

Platel met en scène avec justesse l’ambivalence des interactions, la folie sauvage et primitive des relations entre les êtres. Il couvre de ridicule les acteurs de la guerre et d’une violence qui semble leur échapper dans chacun de leurs mouvements. Il éclaire ce moment de honte qui suit l’horreur provoquée. Ce sentiment qui survient pile après la masturbation, quand la connerie nous frappe comme une évidence gênante, notre descendance s’éteignant dans un mouchoir et notre fierté battant de l’aile.

La musique de Mahler est carrément sensationnelle, c’est un vrai boss. Il nous dissèque la moëlle épinière et nous fait redécouvrir des parcelles de peau défraîchies qui n’avait plus frissonné depuis un bail. Et le mariage avec la mise en scène est réussi. Mais comme une contradiction de plus, c’est quand on s’éloigne des chefs d’oeuvre du compositeur autrichien qu’on vibre à d’autres exotismes, que la pièce s’enflamme et reprend du panache. Parce c’est long, putain. Tellement long qu’on finit par perdre la saveur de la pièce et l’intensité de chaque scène. Et si on prend un peu de recul pendant la pièce, qu’on quitte un instant la bulle théâtrale, on réalise qu’il y a une dizaine de barjots sur scène en train de se tordre dans tous les sens, qu’on les croirait sortis d’un asile d’aliénés. Et vas-y que ça s’arrache les vêtements, que ça rote, que ça se caresse, que ça soulève des chevaux morts.

Ambivalent de bout en bout, ce partage d’émotions m’a fait redouter le moment des applaudissements. Parce que c’est hyper audacieux comme programmation. Et donc un peu dangereux. Le couple devant moi s’est fait la malle après vingt minutes et je pouvais les comprendre. Puis finalement, c’était l’ovation à la fin du spectacle et je pouvais la comprendre aussi.

Olivier El Khoury

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Date: 24 février 2017

Auteur: Théâtre de Namur

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