Voici les impressions de notre spectateur. Il a découvert le spectacle MAY B de Maguy Marin ce mardi 21 janvier.

Le spectacle est d’emblée annoncé comme un chef d’œuvre vieux de 40 ans, ce qui impose une certaine attente. D’autre part, la pièce s’inspire des œuvres de Samuel Beckett. Pour ceux qui, comme moi, ont dû le lire dans leur jeunesse, on se dit que ça ne va pas être une franche partie de rigolade.

Le début de la pièce nous met dans l’expectative. Un chant lointain se fait entendre, la scène est plongée dans le noir. Lentement s’éclairent des silhouettes grisâtres rendues oranges par la lumière unicolore du plateau. Elles restent immobiles pendant un long moment. C’est alors que se produit le premier effet comique du spectacle. Cette attente et ce léger malaise provoquent peu à peu des sourires et puis des rires dans la salle.

Les danseurs se mettent à bouger. Leurs gestes sont contenus, comme empêchés. Ils semblent lutter pour se mouvoir et se rapprocher les uns des autres. Ils n’émettent aucune parole, seuls des jappements se font entendre.

Lorsqu’ils s’unissent pour former une sorte de chœur, ils déclament la seule phrase du spectacle « C’est fini… ça va bientôt finir ». On comprend qu’ils font autant référence au spectacle qu’à la vie elle-même. Beckett pensait que l’existence n’était qu’un prélude à la mort, figurée ici dans l’aspect des danseurs, sortes de presque cadavres, de morts en sursis.

Passant de tableaux en tableaux, on découvre alors tous les éléments grotesques qui constituent notre existence : l’armée, le carnaval, la sexualité, une fête d’anniversaire, un départ. Les danseurs s’agitent dans tous les sens. Ils luttent, se disputent vainement, car la fin est inévitablement la même que celle qui nous attend tous.

Cette pièce renvoie donc le spectateur à l’essence même de la vie. A savoir que nous sommes des morts en sursis, ne pouvant que rire et danser en attendant la fin.

Présentée comme cela, on pourrait croire que la pièce est terriblement macabre mais c’est tout l’inverse. On est fasciné par la beauté des danses désarticulées, par la synchronisation de ce chœur funèbre qui se débat dans la poussière et par la précision de leurs gestes hétéroclites. On prend plaisir à regarder dans le détail ces corps difformes, aux excroissances étranges. Enfin, on rit souvent devant ce spectacle absurde, telle une parabole de notre propre existence.

Pour peu que l’on puisse se laisser emporter par ce ballet déconcertant, May B mérite bien l’étiquette de classique qu’on lui donne depuis si longtemps.

Renaud Gavroy

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