Critique de spectateur: Le Signal du Promeneur

Voici l’avis de l’un de nos spectateurs « critiques » sur le spectacle Le signal du promeneur du Raoul Collectif
Qu’il soit positif ou pas, il peut participer au débat et c’est ce que nous recherchons.

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Le signal du promeneur : Celle que tout le monde s’arrache

– Ça parle de quoi, alors, cette pièce ?
– Ça parle, mon vieux. Ça parle.

On est en 2017, putain, plus personne pose ce genre de questions. Ça parle de cinq clampins à la verve impeccable, perdus dans un bois et qui flottent dans des manteaux trop grands pour eux. Ça parle d’un chevalier. Ça parle de la mutation de l’homme en monstre. De l’inné, de l’acquis. Ça parle de loups et de chevreuils. Ça parle de CDD, de CDI, d’insertion. Ça parle de folie. Ça parle de la vérité, celle dont on essaye de discerner les contours dans les actes de l’autre. Ça parle de ce mythomane qui a menti à ses proches pendant dix-huit années avant de les buter un à un. Ça parle en latin. Ça parle de musique. Ça parle de chenille. Ça parle de chaos. De mottes de terre.

On est en 2017 et tu me demandes de quoi ça parle. Ça parle, mon vieux. Ça parle. Va-t’en essayer de comprendre des mecs aussi barrés. C’est de la folie furieuse, celle de leur époque. Ça démarre d’un point assez flou et ça part dans pleins d’autres points assez flous mais hilarants. T’as l’impression qu’ils sont rentrés chez eux avec un sacré verre dans le paletot et qu’ils ont sonné chez le voisin en essayant d’allumer la lumière de l’immeuble puis qu’les voisins leur ont offert le petit dernier. Mais me demande pas d’en parler davantage. Quand une bombe explose à côté de toi, tu racontes juste à quel point tu t’es senti fébrile.

– Ça parle de quoi, cette bombe, alors ?
– Ça parle que je me suis chié dessus, mec.

T’as déjà essayé de draguer une meuf un peu barjot et dont la répartie est une anguille impossible à coincer dans le courant de la discussion ? Ce genre de meuf qui détruit toutes tes certitudes en moins de deux parce qu’elle est plus intelligente, plus drôle et plus expérimentée que toi. Qu’elle te fait te sentir comme une sombre merde. T’essayes de te convaincre que t’es pas si terrible comme bougre, mais ça te regonfle pas pour autant. Tu repenses à ta mère qui t’a toujours dit que t’étais le plus gentil des trois, le plus souriant. À ton ex qui aimait ta facilité à t’exprimer avec des beaux mots. À tes potes qui rient à tes vannes pourries. Bah cette meuf, elle te brise tout ça comme si c’était tes jambes et tu te retrouves là, scié, littéralement. Sans bras, sans jambes, un tronc pathétique aux vulgaires moignons difformes qui ripent sur le sol chaque fois que tu donnes un coup de rein pour l’approcher, qui te font s’effondrer à ses pieds. Plus tu t’approches et plus tu patines. Je me sens comme ça face à la lourde tâche d’écrire un texte sur une pièce qui m’a coupé le souffle. C’est un sentiment parfaitement désagréable, à l’exact opposé de ce que je ressens pour elle. Parce que ça reste la fille la plus dingue de la soirée et que t’as pris ton pied à l’admirer, même si tu rentres avec ton sexe sous le bras comme tu rentres de chez le boulanger.

Y a peu de certitudes après un truc pareil. À ce moment précis, j’en compte six :

– Mon frère me demande comment va le boulot.
– Il me reste moins de 6 heures de sommeil avant d’entamer ce boulot dont mon frère me parle.
– À la radio, Eric a gagné deux places de ciné pour avoir cité le mot « Brexit » 37 fois en trente secondes, soit trois fois en plus que Michiel, son concurrent du soir.
Je viens d’assister à la meilleure pièce de théâtre de ma jeune existence.
– O. va galérer à isoler une phrase d’accroche de mon texte pour le post Facebook.
– Ma mère m’a cuisiné des chicons gratins. Du jambon, elle retire les chicons. C’est mes préférés.

Olivier El Khoury

Date: 30 mars 2017

Auteur: Théâtre de Namur

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