Notre spectatrice critique a vu le dernier spectacle de Yann Frisch, voici sa chronique:

 

Consentir à une suspension de son incrédulité (sic), c’est la tâche incombée à chaque spectateur du Paradoxe de Georges. Vaste entreprise. Accepter en somme d’interrompre pour un temps cette propension typiquement occidentale à ne pas se laisser convaincre, à douter, notamment face à des tours de magie qui, il faut bien l’admettre, constituent un véritable pied de nez à notre envie – ou besoin ? – de comprendre, de circonscrire, de contrôler.

Preste, Yann Frisch l’est, dans la dextérité de ses gestes autant que de son verbe, et c’est là précisément que résident la force et l’originalité de sa proposition. En une heure de rire, il nous livre à la fois un spectacle de magie et une leçon de philosophie, dans laquelle il questionne tour à tour des dichotomies dont nous sommes persuadés qu’elles sont universelles : vrai et faux, verticalité et horizontalité, croyance et savoir, émerveillement et agacement, enfance et âge adulte, cœur et raison.

Paradoxe. Face aux tours de passe-passe de Georges, il nous faut dans le même temps battre le doute en brèche et cesser de croire que notre appréhension étriquée du réel soit la seule valable. La virtuosité des gestes nous enjoint à la première démarche, la justesse du discours méta à la seconde.

Contrairement à ce qui est indiqué dans le programme du Théâtre de Namur, le Paradoxe de Georges n’est donc définitivement pas un spectacle tout public, sauf à le réduire aux seuls tours de cartes. Il s’inscrit dans une tendance qui traverse la programmation de cette année, consciemment ou non, à revisiter des genres jugés enfantins – on pense au cirque avec Humans ou aux marionnettes avec l’excellentissime Meet Fred – pour interroger l’adulte sur son monde, son mode et ses crédos. On en ressort toujours avec une sensation de jubilation, de trouble, de vertige.

Vinciane Ruelle

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