Comme il est de coutume, désormais, voici l’avis d’une spectatrice sur l’un de nos spectacles!
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Vertige et contemplations

La première fois que mon ami insiste pour que nous allions ensemble au théâtre… Et voilà que c’est pour m’immerger – pendant une heure vingt sans pause – dans un univers inconnu où la danse, les étoiles et les mathématiques s’entrelacent ! Un défi à relever ! « Ca passe ou ça casse » me disais-je… Ce spectacle, je le pressentais étrange et fascinant, tel un OVNI dans le paysage culturel namurois. Interpellée par son titre et titillée par l’envie d’en savoir davantage, j’avais tenté une première approche mais «objet géométrique défini par un ensemble de propriétés précises, dont celle d’être autosimilaire, c’est-à-dire que le tout est semblable à l’une de ses parties » n’était resté que trop peu évocateur pour moi… Il me fallait percer le mystère de ce fragment de définition qui, en prenant place dans le parterre, flottait encore dans les méandres de mon esprit nébuleux.

Pour éclairer les recoins cachés d’une théorie vaste, que dis-je abyssale, un chercheur nous accueille, seul sur scène. Clément Thirion, sorte de professeur Nimbus à l’oeil rêveur et à la moue naïve, nous entraîne très vite aux confins de ses théories, de ses espoirs et de ses doutes. Voilà des années qu’il semble guetter, traquer sans relâche un écho, un murmure, un chuchotement… un signe de vie extraterrestre ! Dans un incessant brouhaha cosmologique de poussières d’étoiles et de magma interstellaire, notre doux scientifique remplit sa mission sans relâche et nous entraîne, à ses côtés, aux confins de ses questionnements existentiels. On y plonge voluptueusement. Et on en redemande.

Voilà des lustres que, connecté à un télescope puissant, il travaille pour le SETI ou Search for Extra-Terrestrial Intelligence, que l’on pourrait traduire par la « Recherche d’intelligence extra-terrestre ». Notre savant poète nous initie rapidement à des théories mathématiques subtiles qui auraient vu le jour au début des années ’70, époque à laquelle ont été lancées les premières bouteilles à la « mer intergalactique »… Entendez par là, des messages codés placés sur des sondes spatiales. Messages restés sans réponses à ce jour. Qu’à cela ne tienne, il en faut plus pour décourager notre scruteur d’étoiles. Il nous révèle l’essence même de sa mission : envoyer à nos lointains voisins une bouteille à la mer sous forme de chorégraphie fractale ! Rien de moins ! Plus ambitieux qu’il n’y paraît, notre bonhomme.

Amener des danseurs à refléter les structures d’objets fractals ? C’est-à-dire des objets aux systèmes de ramifications qui se déploient quasi à l’infini ? Amener une troupe à traduire les structures de la vie organique telle que celle des fougères et des éponges mais aussi celle des systèmes sanguins et respiratoires ?… Défi lancé et relevé par notre explorateur-danseur Thirion. A la tête d’une petite trentaine de danseurs, il nous entraîne dans les volutes d’un ballet et d’une création musicale où la plus infime des parties serait similaire au grand tout. Nous voilà plongés dans un univers où se rejoignent l’infiniment petit et l’infiniment grand… Dans un grand vertige, l’alpha rejoint l’oméga et tout s’éclaire.

Grâce à ses chorégraphies organiques, notre sensibilité nous guide vers une compréhension esthétique des mises en abîmes, les perspectives fuyantes et déroutantes évoquées par notre explorateur de l’au-delà ! Systèmes interstellaires, solaires, sociaux, organiques, moléculaires… Bien sûr, tout est relié ! Nous sommes moins seul qu’il n’y paraît ! Prêts pour jeter les bases d’une solidarité interstellaire au coeur de l’immensité noire et glacée ? Pas sûr quand même… Le spectacle n’offre pas toutes les réponses.

Nous quittons la salle mon ami et moi, interrogations et émotions mêlées. Nous abandonnons le professeur à ses errements. Merci pour cette belle aventure tournée vers l’inconnu. « Bien lire l’univers, c’est bien lire la vie »1. Le professeur Thirion ne contredira pas Victor Hugo…

Sandra Janssens


Photo: Hichem Dahes

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