Critique de spectateur: Finir en beauté

Voici l’avis de l’un de nos spectateurs « critiques » sur le spectacle Finir en beauté de Mohamed El Khatib.

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Bercer la mort

J’ai pas regretté longtemps d’avoir dû faire l’impasse sur le match du soir, bien que j’aie visiblement raté une rencontre sensas’. Faut croire qu’une petite dose de délicatesse fait toujours mouche face à quelques starlettes surpayées et un tas de supporters ahuris. Même pour un supporter ahuri comme moi. Au lieu de ça, j’ai poussé la porte du Studio et ce coup-ci, je suis arrivé à la bonne heure. Je sais pas si c’est la salle qui a l’art de donner à la pièce un cachet personnel et intimiste assez exaltant ou si ce sont les pièces personnelles et intimistes qu’on juge bon de jouer dans cette salle. Que ce soit l’un ou l’autre, la sauce qu’on nous y sert est savoureuse. Et ce soir, la recette était casse-gueule mais encore foutrement réussie.

Perdre sa mère, c’est toute une histoire. C’est triste et douloureux, profondément intime et à la fois, c’est parfaitement commun. D’une banalité quasi affligeante que le souhait d’une compassion alentours généralisée n’en ressort que trop prétentieux voire vaniteux. Une peine si personnelle qu’elle paraît impossible à saisir, à transmettre ou à soigner. Surtout pas à soigner.

Mohamed El Khatib la pleure encore, sa mère. Ou plutôt, il la sourit. Seul sur scène, avec ses carnets et sa télécommande, il nous raconte la mort, son approche et son nom, qu’on n’ose pas prononcer pour maintenir un espoir impossible. Les mots, les condoléances qui sont aussi stériles que le temps dans le processus du deuil. Il nous parle de sa peine avec la maturité de celui qui a compris qu’à défaut de pouvoir la panser, il s’agit de la bercer. Il s’est heurté à ce drame, s’est abaissé pour le ramasser, l’a analysé sous tous les angles et, après avoir constaté que rien ne pouvait le faire disparaître, il en a fait un compagnon de route. Il a décidé de lui parler, de se confier, de rigoler, comme avec un pote. Ça rigole, les potes, ça se dévoile un peu mais ça garde toujours sa pudeur, parce qu’on n’a pas besoin de tout se dire pour que l’autre ressente ce qui se trame à l’intérieur.

Son texte est une caresse sur la joue. Un baiser sur le front. C’est tendre et touchant dans l’attitude. Il désacralise la mort par l’humour, il s’en moque subtilement et ça nous fait chérir la vie. C’est plein de douceur et sans pathos. Une justesse implacable. C’est pile la manière dont on aimerait qu’on parle de nous quand notre tour viendra.

« Finir en beauté », c’est comme un bon attaquant. Il est toujours entre deux lignes, entre deux défenseurs, là où on ne l’attend pas. Ça paraît facile et naturel mais c’est incroyablement compliqué. Et puis ça finit en pleine lucarne. En vérité, il vogue entre lecture et images, entre jeu et spontanéité, entre deux cultures, entre les sentiments, entre mort et vie. Mais en plein dans l’amour. En plein dans la lucarne. Même si ça a rien à voir avec du foot.

Olivier El Khoury

Date: 19 avril 2017

Auteur: Théâtre de Namur

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