Comme il est de coutume au Théâtre de Namur, nous vous proposons l’avis d’un de nos spectateurs. Voici l’avis d’Olivier El Khoury, notre critique sur ce spectacle!

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Casse-gueule

Le pied glisse, le pas chancelle mais le tout se meut vers un menu de possibles excitants. Tous les mots qui viennent semblent se balader sur une crête de sable menaçant de s’effriter. Oui, ce sont des mots. On les voit presque. Rarement la danse m’en avait évoqué tant, comme des traits limpides, des mouvements bien définis alors que c’est peut-être tout le contraire qui s’y joue. C’est ça qui rend le truc excitant. On semble toujours à la limite. De la chute, du déséquilibre, de la brisure. Pourtant, en ressort une furieuse explosion de liberté. Résultat d’une inertie que les acrobates tentent de dompter. Un haut le cœur, comme quand les cordes de la balançoire reprennent le contrôle de son tracé après s’être relâchées un instant, suspension de la gravité. Le doute.

Six corps sur scène. Le plateau tourne, le plancher craque sous les pas précipités mais précis des acteurs. C’est casse-gueule, on a peur pour eux, c’est là tout l’enjeu, si c’était trop facile, ça ferait pas le même effet. Les mecs courent sur les wagons d’un parc d’attraction. Ils semblent s’agiter sur le toit d’une voiture vacillant au bord d’une falaise, deux roues bouffant le vide et méprisant la chute, comme si elle n’était pas une option, la liberté faisant loi. Ils courent, sautent, se suivent. Des poissons sauvages dans un aquarium, fous, morts-vivants, rêvant d’une autre vie où ils pourraient rêver de briser leurs murs sans peur. La marge.

Ils s’y risquent finalement par lassitude mais se confrontent à son prix, à son péril. À la réalité, aussi tangible que les lois élémentaires de la physique, qui nous apprend ou nous rappelle la difficulté de prendre le large, de s’éloigner du rang, l’impact de nos choix sur les autres. Écarte-toi et je tombe. Équilibre subtil, sécurité instable voire insécurité qu’il s’agit de transformer en une vibration du cœur, symphonie du corps. Rappel de l’influence de la Terre sur l’Homme et sur ses interactions.

La scène a tourné, elle a volé, s’est apaisée. Peut-être sont-ce les acteurs qui lui dictent ses impulsions, peut-être n’est-ce que mécanique bien rodée. On ne parvient pas à déceler s’ils se plient aux lois de la physique, s’ils les imitent ou s’ils imposent la leur. Peu importe, tout se confond. La voilà qu’elle entame son mouvement de balancier dans une explosion de grâce, en parfaite symphonie avec des corps complices, souples, naturels. De bras de fer à poignée de mains, de poignée de main à caresse.

Plus que cinq corps en suspension. Comme des points. Comme des possibles. Comme des rêves.

Celui qui tombe a gagné.

 

Olivier El Khoury

Photo: Géraldine Aresteanu

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