Voici l’avis de Olivier El Khoury; notre spectateur critique a vu Bug ce mardi 13 mars.

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BUG

Faut pas que je commence à prendre ces critiques comme des tribunes, mais sur le coup j’ai un peu les boules. Y a moins d’un mois, j’étais le seul tocard à m’étonner que les quatre étages du théâtre se lèvent comme un seul corps pour saluer la performance des musiciens de Requiem pour L. Ce soir, c’est pareil dans l’autre sens. Coup sur coup, j’assiste à deux représentations qui m’aident pas à me sentir en phase avec le monde. Pour un mec qu’a si peu de convictions que moi, je vais finir par calquer mon avis sur mes voisins de sièges. Mimétisme de base. Rang d’oignons.

Des fois, j’aimerais mieux être posé dans mon pieu en solo pour profiter de la pièce, comme quand je regarde un film, une main dans le falzar et l’autre dans le paquet de chips, avec des miettes qui s’effritent comme du mauvais shit dans ma barbe et sur mon torse. Là au moins, je me sens pas coupable quand je me marre pas et que toute une salle glousse sous mon nez. Ou quand je chiale d’émotion pendant que le mec d’en face tripote son téléphone et s’endort sur l’épaule de sa femme par intermittence.

Désarroi. Quand la scène vire au noir après une magistrale ultime scène, je me mets à applaudir mais je sens que j’y mets trop d’entrain. Je tourne un peu la tête, c’est faiblard. Allez les mecs, des mains, ça sert pas qu’à se pignoler sur du Mozart! Je suis atterré, les acteurs ressentent qu’on les traite comme des manants, ils sont gênés sur la scène, moi aussi, putain, un minimum de respect. A peine un tour et terminé, même pas un rappel pour la forme, ça me fout le cafard.

OK, ça flotte un peu au début, ça manque de rythme puis tu sais pas si t’es dans un truc grave ou un peu comique. Tout le décor est pourtant là pour te suggérer la première ambiance mais il te faut un bon quart d’heure pour comprendre qu’on t’installe bel et bien dans un univers bien glauque et sans concession. Après, tu t’en tires plus. Ceinture et biberon, tu la fermes et tu tètes.

La folie, la drogue, la parano. ça transpire de partout. Du décor de cinglé (pas la peine d’en parler, faut le voir), de la sensation de promiscuité, de la musique qui sert le propos à merveille, du dispositif vidéo qui nous plonge dans la dinguerie de ce couple en perdition, qui pète un câble en hallucinant des insectes. Qui pousse à son état le plus inquiétant la théorie du complot en s’entraînant dans leurs misères respectives. Puis Yohan Blanc qui crève l’écran. L’écran, t’entends bien. Parce que t’es dans un pure film, toujours sous tension, dans la crasse, dans l’imagerie la plus triste de la drogue. L’échec, l’exclusion, la solitude s’y bercent mutuellement, se tirent vers les tréfonds de l’enfer.

C’est vraiment vraiment bon. Pourtant, les mecs applaudissent comme si leurs mains les brûlaient. Vite et sans plaisir.

Alors je rentre chez moi et je tape sur les touches de mon clavier avec la même fureur que celle que j’aurais souhaiter entendre résonner des phalanges du public. Je fume une clope à la fenêtre, j’écrase mon mégot dans le cendrier en verre sali. La folie, c’est comme l’immigration, on l’aime à petites doses. Puis quand on la voit pas de trop près. Au-delà, ça fait juste flipper.

J’ai fermé mon pc puis j’ai été pioncer. Pas vraiment en phase avec le monde. Comme un truc qui me démangeait sous la peau.

Olivier El Khoury

Photo: Alice Piemme

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