Critique de spectateur: Blockbuster

Voici l’avis de l’une de nos spectatrices « critique » sur le spectacle Blockbuster du Collectif mensuel.

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Blockbuster : Récup’ et Uppercut

Après une journée harassante et stressante, un « blockbuster » pour me vider la tête ? Pourquoi pas… J’arrive via une petite rue adjacente. Je croise une ado qui interpelle avec passion son aînée… « Tu vois, des répliques cultes, qu’on cite sans connaître vraiment et puis un orchestre ! » Je ne suis visiblement pas la seule à presser le pas vers le Théâtre par cette froide soirée d’avril.

Salle comble pour cette première. Je sens un public déjà à la fête, tout émoustillé, frétillant d’impatience, pour ce spectacle hors normes, pièce-film parodique réalisé à partir de 1400 plans-séquences extraits de quelques 160 films hollywoodiens. Sur la scène, deux batteries, un synthé, des micros, guitares, banjo, xylophone, lampadaires… Et un chaleureux bric à brac d’ustensiles hétéroclites tout droit sortis de la cuisine ou du grenier de tante Germaine. Mashup m’avait-on dit, avec des bruiteurs et des comédiens sur scène… Un écran tendu à l’arrière de ce sympathique fourbi. Je me dis quand même que j’aurais pu me renseigner un peu avant de m’aventurer ici.

20h30 tapante. Cinq comédiens nous interpellent et nous invitent à participer à l’enregistrement de deux boucles sonores ; des applaudissements nourris et des « Tous ensemble, tous ensemble, oué, oué» scandés en rythme… Puis le rugissement du générique de la Metro-Golwyn-Mayer ouvre la porte de nos inconscients cinématico-collectifs… A l’écran, Julia Roberts ouvre la danse dans une scène extraite d’un « Ocean’s Eleven » puis de « Erin Brockovich »… Tiens, Sean Penn s’invite à son tour talonné de près par Madame « M » Judi Dench Bond puis par Thimothy Dalton, Michaël Douglas, Brad Pitt, Stalone, Meg Ryan, Bruce Willis, Natalie Portman… Ca va vite, très vite et c’est drôle, très drôle ! Les répliques et les scènes se téléscopent, le montage est fabuleux, vif, créatif, astucieux… Une intrigue se noue… Soudain, je réalise que tout, absolument tout, de l’univers sonore dans lequel je suis immergée est créé là, direct live, depuis la scène, sous mes yeux ! Pure magie ! Une porte claque, une sirène hurle, un hélico décolle, un moteur vrombit, des pneus crissent… Fabuleuse performance de ces comédiens-doubleurs-bruiteurs-musiciens-artisans des sons, à ce point troublante que je me suis laissée duper.
Et quand ces Rémy Bricka performeurs sonores passent derrière le micro, c’est toujours aussi confondant ! Comment font-ils ? Nasillarde, braillarde, pincée, haut perchée… Autant de voix fidèlement restituées avec pour chacune leur petite signature. Un pure régal.

Mais je me replonge dans le récit. Ces images ne sont pas détournées vainement. Elles nourrissent un propos qui fait écho à une réalité sociale belge de plus en plus abracadabrante et à des lendemains de premier tour des élections présidentielles françaises… Mortier-Michaël Douglas, représentant de la Fédération des Entreprises, est sur la brèche. Motivé par une « crise » à peine plus noire que celle que nous traversons, le gouvernement est, en effet, sur le point de taxer les transactions financières et les très hauts revenus… Impensable pour le clan des Mortier ! Simultanément, la journaliste d’investigation au « Scoop » Corinne Lagneau- Julia Roberts rédige un papier sur les sociétés qui esquivent l’impôt grâce aux sociétés-écrans… Elle perd son boulot et diffuse un article pamphlétaire sur les réseaux sociaux qui enflamme la toile et créée un graduel éveil social. Un vaste élan de prise de conscience et de manifestations s’organise… C’est sûr, Mortier veut sa peau ! Il charge un Stallone désopilant de stupidité d’en faire son affaire… S’en suivent courses poursuites, des explosions, du suspense… Et beaucoup, beaucoup de second degré ! Nadine Van Geert-« M » Judy Dench, Ministre de l’économie, est limogée. Trop de compassion pour ce Gérard-Al Pacino braqueur de banque descendu « par erreur » qui voulait simplement qu’on lui rende son job. Une bavure policière de trop… La population réagit face à un trop plein d’injustice mais les lobbies financiers reprennent la main via un premier ministre Thimothy Dalton parfait en méchant cynique. La loi martiale est instaurée… Rassemblement de plus de trois personnes interdit, couvre feu, seules distractions possibles les programmes homologués des chaînes de télé officielles, concerts et théâtres interdits… Mais la résistance s’organise… Violence contre violence… Suspense !

La fin est grandiose ! Courez voir ce spectacle à couper le souffle… C’est engagé, subversif, drôle, inventif et libérateur. Je ressors gonflée à bloc, l’esprit en effervescence, me disant que décidément, le théâtre, c’est la vie !

Sandra Janssens

Date: 27 avril 2017

Auteur: Théâtre de Namur

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