Voici l’avis de l’un de nos spectateurs « critiques » sur le spectacle Bella Figura de Yasmina Reza!
Il est forcément subjectif et nous ne le rejoignons pas nécessairement.  Qu’il soit positif ou pas, il peut participer au débat et c’est ce que nous recherchons.

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Bella Figura – Du rire mélancolique

À la sortie du théâtre, une dame fourre sa clope dans sa bouche, se concentre sur la flamme qui caresse le bout. Elle dit « hon » en plissant les yeux pour signaler à sa copine qu’elle va dire un truc.
Sa copine comprend ce grognement universel chez les fumeurs. Elle attend que la première bouffée soit inhalée puis instantanément recrachée, elle sait que dans la seconde qui suit, elle va avoir droit à un avis sur la pièce.

« C’était comique, hein.
–Tiens, moi j’ai trouvé ça triste ».

Elles regardent le nuage de fumée se dissiper dans la nuit en repensant chacune à la réflexion de l’autre et semblent s’en accommoder. Y a plein de choses dans la vie qui me font cet effet. Le boulot, le foot, l’alcool, les ongles mal coupés, les gens qui marchent sans jamais poser la semelle sur la ligne qui joint deux pavés, Gad Elmaleh, mon ex, la tournée minérale, les premiers rayons de soleil de la saison, l’épreuve des poteaux à Koh-Lanta, une dispute de couple. C’est un sentiment plutôt cool parce qu’il est assez difficile à figer quand on essaye de le reproduire. Mais Yasmina Reza elle a l’air de savoir s’y prendre.

Elle a une plume qui touche sans taper dans l’oeil. C’est une jolie fille dans des sous-vêtements de sport ou bien planquée dans un large pull à col roulé. Celle qui se sait mignonne mais qui a autre chose en tête, le cerveau dans les nuages, qui s’en fout. Elle ratisse une palette assez impressionnante de nos zones d’émotivité et c’est ça qui marque. Les relations, la vie, la vieillesse, les hommes coincés dans leur peau d’homme, les femmes dans l’impossibilité de leur liberté à portée de main, dans leurs rêves de pureté. C’est des grands concepts qu’elle parvient à réduire à l’échelle du quotidien. Un tas de foin qu’elle transforme en cendres sur lesquelles on souffle pendant toute notre vie parce qu’il fait bon de s’y adosser.
Au début, ça peine un peu à démarrer. C’est maladroit au niveau du rythme et du jeu, ça manque de punch, on se demande si on a bien fait de sacrifier la guinche du vendredi pour les lumières tamisées du théâtre. Puis on se souvient que tous les potes font la tournée minérale et qu’on aurait de toute manière été le seul abruti à se dézinguer au vin bon marché puis surtout, on se laisse séduire par la douceur de l’écriture, la justesse des dialogues et du jeu. Emmanuelle Devos et son personnage prennent peu à peu les rennes de la pièce et nous emmènent, nous et les autres acteurs.

On vacille avec eux dans le décor, dont on apprécie la sympathie et la variété. On veut mettre des baffes à l’une, consoler l’autre, titiller l’un, calmer l’autre. On nous noie dans la frustration d’interactions destinées à rendre stérile toute forme d’entendement. Et on se dit qu’on est mal barré parce que c’est fort comme ça dans la vraie vie, quand même. Alors on va boire un coup, un seul, et on rentre sans tituber, en essayant de faire Bella Figura. On sait de quoi on a l’air. Un peu comique, un peu triste.

Olivier El Khoury


Photo: Pascal Victor

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