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Jeudi 12.10.2006 | Le Voyage à la Haye
TRèS BONNE CRITIQUE
Très bonne et belle critique du Voyage à La Haye dans La Libre Belgique

Invitation au voyage sans bagages
Philip Tirard

Mis en ligne le 12/10/2006
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"Le Voyage à La Haye" bien porté à la scène par Frédéric Dussenne et Olivier Coyette.

Il y a quelque chose de bouleversant dans la manière précautionneuse mais décidée avec laquelle Frédéric Dussenne arpente le plateau, comme un grand malade farouchement attaché à ce qui lui reste de vie et de joie. Son personnage a réellement existé. Dans "Le Voyage à La Haye", Jean-Luc Lagarce raconte à la première personne ce qu'il sait être son dernier séjour à l'étranger. Atteint du sida, il mourra quelques mois après avoir écrit ce récit, laissant une oeuvre dont on redécouvre aujourd'hui l'importance.

C'est d'ailleurs pour la faire mieux connaître, ainsi que la personnalité de son auteur, homme de théâtre complet, qu'Olivier Coyette et Frédéric Dussenne ont voulu porter ce texte à la scène. Mission accomplie puisque ce spectacle - qui s'inscrit dans le programme de "2007 - Année Lagarce" (http://www.lagarce.net) - se donne dix fois au Grand Manège de Namur, puis sera dans la petite salle du Public pendant six semaines, de la mi-novembre à la fin décembre.

Portrait d'un homme de théâtre donc. Metteur en scène, écrivain, chef de troupe, éditeur, Jean-Luc Lagarce (1957-1995) fit toute sa "carrière" en province, à partir de Besançon, où ce fils d'ouvrier avait effectué ses études de philosophie tout en suivant les cours du Conservatoire de Région d'Art dramatique. Homosexuel discret, il apprend sa séropositivité en 1988 et succombe après sept ans de combat avec la maladie.

Entre 1981 et 1995, il a écrit vingt-quatre pièces et réalisé vingt mises en scène. En 1992, il avait aussi fondé une maison d'édition vouée au théâtre, Les Solitaires intempestifs.

Autobiographie et partage

Cette fulgurante et féconde destinée apparaît en filigrane du "Voyage à La Haye", mais n'en constitue nullement la matière essentielle. Très judicieusement catalogué comme "récit", ce texte relate la marche vers la solitude et vers le grand inconnu d'un homme que la mort atteint trop jeune. Nimbé d'ironie compatissante et de mélancolie pour ce qu'il ne sera pas, il se veut encore célébration de la conscience et de la vie. Frédéric Dussenne a su trouver le ton juste, de l'humour en demi-teintes jusqu'aux accents d'émotion les plus vrais, pour faire partager les états contradictoires que traverse son "personnage". On songe à Tchekhov, à Duras, voire parfois à Koltès. Il épouse avec un réel bonheur le phrasé d'une simplicité soigneusement composée par lequel Lagarce permet au spectateur d'entrer dans l'intimité de son drame, loin de tout exhibitionnisme.

Le metteur en scène Olivier Coyette et le scénographe Fabien Teigné ont fourni à l'acteur une machine à jouer à la fois complexe, allusive et très lisible. Scindé en deux comme la réalité du personnage, le plateau donne à voir d'un côté les espaces publics et de l'autre l'univers de la chambre d'hôtel puis de l'hôpital.

En parfait unisson avec le texte, le spectacle dégage une dominante où l'affirmation du moment présent triomphe de la tristesse. Dans la lucidité, l'apaisement et la réconciliation avec notre finitude, "Le Voyage à La Haye" nous enjoint sans forfanterie de vivre chaque jour comme si c'était le dernier...

Namur, Grand Manège, jusqu'au 21 octobre. Tél. 081.226.026. Puis au Public à Bruxelles, Petite salle, du 14 novembre au 31 décembre. Tél. 0800.944.44.

© La Libre Belgique 2006


 
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