Ce projet est né d’une double rencontre.

La première rencontre fut celle que je fis avec Eloi Baudimont. Je l’avais entendu dans la fanfare de Mourcourt, puis dans la fanfare Détournée. J’avais été impressionné par ses qualités de chef et de compositeur. Mais ce qui m’a le plus marqué c’est le travail réalisé avec Baba Sissoko dans Mali Mali et ses prestations comme chef du Grand orchestre Lunaire à La Louvière. Il arrive à créer un grand orchestre avec pour partie des gens qui n’ont jamais fait de musique et à les faire jouer devant quinze mille personnes venues « décrocher la lune ». Cet homme-là est bien plus qu’un grand musicien génial et éclectique, c’est un passeur.

La deuxième rencontre eut lieu en Palestine à Ramallah, avec Ramzi Aburedwan. Je connaissais ses compositions avec son groupe Dalouna ainsi que son Ensemble National de Musique Arabe de Palestine, dont il est directeur artistique. Mais ce qui m’a encore plus enthousiasmé c’est le travail qu’il a réalisé au travers de son association « Al Kamandjati » en créant un réseau d’écoles de musiques dans toute la Palestine occupée, permettant aux jeunes Palestiniens, y compris dans les camps de réfugiés, d’apprendre et de jouer de la musique. Cet homme-là est bien plus qu’un musicien génial et éclectique, c’est lui aussi un passeur.

J’ai proposé à Ramzi de monter une première création belgo-palestinienne en collaboration avec Eloi Baudimont. Pourquoi celui-là ? m’a demandé Ramzi. Parce que comme toi il traverse les frontières musicales, mais aussi parce que comme toi il a la passion du passeur de musiques.

Leur première rencontre a lieu à l’ombre de la Cathédrale de Tournai sous l’œil bienveillant d’un autre passeur passionné de musique, Frédéric Mariage, entraînant dans l’aventure la Maison de la Culture de Tournai. Entre les deux musiciens passeurs le courant est passé. Deux mois plus tard nous nous retrouvions en Palestine pour finaliser le projet, choisir les musiciens, parler répertoire, construire la production et découvrir avec ravissement le répertoire de l’Ensemble National de musique arabe de Palestine devant son public.

La première résidence a eu lieu en janvier à Tournai. Les musiciens belges et palestiniens se sont jetés à fond dans l’aventure en cherchant et en répétant sans relâche. Ils ont ensuite été en résidence à Ramallah et à Hammamet. Mais au-delà de cette création qui les mobilise collectivement, ils partagent ensemble la volonté de valoriser les ressources de la culture palestinienne et de contribuer modestement mais avec détermination à la reconnaissance complète de l’état palestinien.

Après de longs débats entre nous, nous avons choisi de nommer ce projet de coopération artistique « Al Manara ». D’abord parce que c’est le nom de la place centrale de Ramallah, ville palestinienne innovante et qui rayonne culturellement. Al Manara signifie en arabe le phare. Le phare, partout dans le monde, apporte la lumière et éclaire le passage vers le port. Pour nos deux passeurs et leurs douze acolytes, il fallait bien un phare pour permettre le passage des cultures.

– Yanic Samzun – janvier 2013 –

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Yanic Samzun est un ami de longue date du Théâtre de Namur et de Patrick Colpé, directeur. Il est décédé en décembre dernier. Comme l’écrit le PAC « Présence et action culturelles » dont il était le Secrétaire général, il a été un homme d’actions, de terrains, d’engagements, de solidarités. Un exceptionnel bâtisseur de passerelles entre les artistes, l’action culturelle et le monde politique. Il s’est éteint dans le respect de ses convictions.

Né à Lausanne, le 15 décembre 1954, Yanic Samzun passe ses premières années en Afrique. De retour en Belgique, il s’intéresse assez tôt à l’action sociale et culturelle. Il animera les maisons de jeunes de Nivelles et d’Engis et le Foyer culturel d’Amay.
Entre 1990 et 2003, il est le conseiller de plusieurs ministres de la culture, notamment Valmy Féaux (1988), Robert Collignon (1999), Rudy Demotte (2000) et Christian Dupont (2003). Dans le cadre de ses fonctions, il participe à la création de l’Observatoire des politiques culturelles, du « Théâtre des Doms » en Avignon, à la rédaction d’importantes législations de politique culturelle : la réforme du décret relatif aux centres culturels en 1995, le décret sur les arts de la scène et celui sur le soutien à l’action associative dans le champ de l’éducation permanente, en 2003.
Passionné par les problématiques de la formation, après avoir fondé et dirigé le Centre de formation des cadres culturels du CESEP, il prend la direction du service de la formation des cadres à la Direction générale de la culture de la Fédération Wallonie-Bruxelles (2004-2007).
Yanic Samzun était depuis 2007 le Secrétaire général de l’association Présence et action culturelles, PAC, et assurait depuis deux législatures la présidence du Conseil supérieur de l’éducation permanente.

Il est décédé le mardi 23 décembre 2014 à La Louvière.

Crédit Photo: Véronique Vercheval

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