Le Théâtre Royal de Namur – Patrimoine majeur

Apparue au XVIIIe siècle dans nos régions, l’activité théâtrale à Namur prenait place dans des lieux que l’on aménageait pour l’occasion.

En 1822, le Conseil de Régence décidait de la construction d’un véritable bâtiment dédié entièrement et exclusivement aux arts de la scène et de la musique. Dans le sillage de la Révolution française de 1789, un grand nombre d ‘édifices et sites religieux ont été détruits. Les espaces ainsi libérés pouvaient être récupérés pour les nouveaux équipements urbains (théâtres, kiosques, banques, parcs …). Aussi, le Théâtre de Namur occupe l’emplacement du Couvent des Annonciades.

Le Théâtre fut entièrement construit et inauguré durant l’année 1824. Notons qu’il était plus petit que celui actuellement visible et que pour le peu que l’on en sait, il était particulièrement inconfortable, tant pour les acteurs que pour les spectateurs.

 

Chronologie :
Première construction : 1824 (architecte inconnu)
Deuxième construction : 1863 (architecte : Thierry Fumière)
Modification : 1868 (architecte : Jules Etienne Rémont, qui a également construit l’opéra royal de Wallonie)
Modification : 1948 – reprofilage des balcons en béton armé
Rénovation : de 1994 à 1998

Le bâtiment :

Son emplacement
Le théâtre est situé sur l’emplacement d’un ancien couvent : le convent des Annonciades.
C’est souvent le cas pour les théâtres construits entre 1790 et 1840. Ils sont bâtis sur des anciennes fondations à caractère religieux (héritage de la révolution française, on fait place nette dans les villes)

Son volume
Sa principale caractéristique est que le bâtiment est dégagé sur ses quatre façades et ce, pour au moins deux raisons :

– Amplifier le caractère monumental du bâtiment, en faire un élément de dynamique urbaine à une époque où l’urbanisme prend son essor

– Empêcher la contagion au reste de la ville d’un potentiel incendie du Théâtre.
Au XIXe siècle, la durée de vie moyenne d’un théâtre (avec ses structures en bois, ses toiles, son éclairage au gaz) est de 11 ans. A Namur, il brûlera en 1860 (chute du décor sur une conduite de l’éclairage au gaz), en 1862 (la foudre s’abat sur le théâtre en chantier) et en 1867 (un calorifère prend feu dans une loge).

Sa façade principale
Elle est classée au patrimoine civil public de Wallonie.

Matériau : pierre de France > pierre tendre et lumineuse.
Son style : éclectique > patchwork de divers éléments de l’histoire de l’architecture (antique, classique et baroque).
Elle répond parfaitement à la définition de ce que doit être un théâtre type dans l’encyclopédie de Diderot et d’Alembert : prestige académique, équilibre des masses, présence des muses Euterpe avec sa lyre (de la musique) et Thalie avec son masque disparu (de la comédie). Elles sont l’œuvre d’un sculpteur anversois nommé Van Arendonck.

Thalie Photo: François Maurel

Dans la première partie du XXe siècle, le balcon était coiffé d’une verrière qui permettait d’agrandir l’espace du foyer au profit d’opérateurs privés qui en ont fait un casino ou une salle de bal.

Theatre 1890

1. Hall/vestibule
Il est entièrement rénové. C’est un lieu intermédiaire entre la ville et la salle, espace fonctionnel de transition. Il dessert d’une part la billetterie et de l’autre le vestiaire.

 

A l’origine, le vestibule était réservé aux publics qui avaient accès au parterre, ainsi qu’aux 1er et 2e balcons.
Les spectateurs des 3e et 4e accédaient à leur place par des escaliers tourelles situés sur chaque façade latérale.

A Namur, pas d’escalier principal mais deux petits escaliers latéraux qui nous permettent d’accéder aux étages supérieurs.
Dans les théâtres historiques, la grande salle est toujours située à l’étage pour les besoins d’assurer un parterre en pente et d’aménager des dessous de scène plus facilement.

2. Grande salle côté public

Dans une petite ville comme Namur, le théâtre devait à la fois servir à proposer des programmes de théâtre mais aussi de musique (d’où les muses en façade et les médaillons du 3e balcon qui se partagent entre musique et théâtre).
Aussi, structurellement, la salle correspond à un ‘petit opéra’ dont le plan général évoque la forme d’un fer à cheval. Son style est de type second empire (Napoléon III) avec guirlandes de lauriers, éléments floraux et têtes féminines.

Entre le nez de scène (proscenium) et le début du parterre, il y a une fosse d’orchestre de type ‘Bayreuth’ c’est-à-dire située pour une bonne part sous le plateau. Ce dispositif, inventé par Richard Wagner, pour que la musique se fonde dans l’espace, pour que sa source ne soit plus précisément localisable. Cette fosse permet d’accueillir 60 musiciens.

De part et d’autre de la fosse, il y a les loges techniques qui permettaient de coordonner les manœuvres des différents dessus et dessous par un réseau de tuyauterie en cuivre.

Le parterre est bordé de baignoires (ou loges en col-de-cygne).

La salle est étagée de 4 balcons en retraits successifs à mesure que l’on s’élève, ce qui donne à l’ensemble un effet d‘escalier. Le dernier balcon est appelé traditionnellement paradis car il est proche du ciel. On parle de ‘poulailler’ quand un treillage serré (sorte de grillage) referme l’espace et ce, pour empêcher le jet de projectiles, les œufs le plus souvent.

Photo: Vincent Poppe

La coupole présente, comme c’est généralement le cas dans ce type de théâtre, un ciel en trompe l’œil. C’est en réalité un hommage des premiers théâtres de la renaissance italienne aux formes du théâtre antique qui était toujours à ciel ouvert. A Namur, la coupole est suspendue à la charpente, elle ne repose sur aucune structure.

 

La toile (1867) est marouflée sur la coque nervurée en bois, c’est un puzzle composé de 42 pièces. Elle est l’œuvre de Brackman, peintre décorateur des théâtres de Bruxelles.

Photo: Vincent Poppe

Le plateau s’ouvre sur la grande salle par un immense cadre de scène qui a conservé la polychromie originelle de la salle > rouge et or. L’emploi du rouge était recommandé dans les théâtres, car il donnait une belle couleur rosée à la carnation de la bourgeoisie pâlichonne au XIXe siècle. Il faut savoir que l’on venait au théâtre moins dans une démarche culturelle que sociale. On venait au Théâtre pour se montrer, être vu. C’était d’autant plus facile que la salle restait allumée pendant les représentations et ce, jusqu’au début du XXe siècle, époque où l’emploi de l’électricité permet de moduler plus facilement la lumière.

Toutes les parties dorées sont classées.

3. Studio
Le studio est un espace situé sous le plateau de la grande salle, c’est un ancien « dessous » de scène, le deuxième dessous précisément. Lors de la campagne de rénovation, il a été pensé comme espace de répétition mais rapidement il s’est imposé comme une alternative idéale à la grande salle.
Ses dimensions sont propices pour proposer des petites formes, plus intimistes, et y accueillir des spectacles pour le jeune public. 

Voir également le spectacle de la compagnie Isolat: L’étoffe des songes

Pour des informations sur le patrimoine:
Contactez Olivier Stoffels

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